La pandémie a déjà fait plus de 70 000 morts aux Etats-Unis, Donald Trump est impatient de relancer l’économie, mais des Américains veulent aller encore plus vite. Ces derniers jours, dans plusieurs Etats, des manifestations anti-confinement ont frappé par la violence des images qu’elles fournissent. Qui sont ces Américains en colère, parfois lourdement armés, agitant des pancartes aux slogans agressifs, au milieu d’affiches pro-Trump? Aux côtés de simples citoyens en difficultés financières pressés de retourner au travail, ultra-conservateurs, complotistes et militants anti-vaccins se côtoient. De quoi composer un cocktail potentiellement explosif.

Des nœuds coulants

Jeudi, Dayna Polehanki n’en revenait pas. En pleine session parlementaire, des manifestants armés sont entrés dans le Capitole de l’Etat du Michigan, à Lansing, alors que les députés se penchaient sur la prolongation des mesures de restriction demandée par la gouverneure. La sénatrice démocrate a tweeté une photo de costauds gaillards postés dans une galerie. «Juste au-dessus de moi, des hommes armés de fusils nous crient dessus. Certains de mes collègues qui possèdent des gilets pare-balles les portent», écrit-elle. D’autres cherchaient à entrer directement dans la salle, après avoir entonné l’hymne national. Dans plusieurs Etats, le port d’armes est autorisé même à l’intérieur des bâtiments publics. C’est le cas dans le Capitole de l’Etat du Michigan.

La scène choque. La menace est directe. Sur son site, Jim Ananich, le leader de la minorité démocrate, condamne cette irruption. «Cette manifestation n’avait rien à voir avec le confinement, c’était l’occasion pour un petit groupe de personnes – dont très peu respectaient la distanciation sociale ou portaient des masques – de montrer leurs croix gammées, drapeaux de Confédérés, nœuds coulants suspendus aux voitures et pancartes appelant au meurtre. Menacer la police, le personnel, la presse et les élus du Capitole n’est pas notre façon de faire ici dans le Michigan.» Donald Trump a qualifié ces manifestants de «très bonnes gens». Le 17 avril, le président avait apporté son soutien, via Twitter, aux protestations anti-confinement, appelant à «libérer le Michigan, la Virginie et le Minnesota», trois Etats dirigés par des démocrates. Ce qui revient à encourager des révoltes.

Mot d’ordre: contaminer

Ce genre de manifestations attire aussi des extrémistes de droite qui espèrent recruter, alors que la consultation de sites ad hoc sur internet augmente avec le confinement. Alex Jones, tête de proue de l'extrême droite américaine, et fondateur du site Infowars, dont Donald Trump retweete parfois des messages, était lui-même présent à la protestation du 18 avril à Austin, au Texas. Il a été vu serrant des mains à des manifestants. Alex Jones avait lancé un appel à manifester via son site connu pour ses thèses complotistes. Selon des sources policières relayées par plusieurs médias, des suprémacistes blancs veulent utiliser le virus comme arme biologique et en font état sur Telegram, une application de messagerie sécurisée. Ces plans ont été évoqués lors d’un briefing du Département de la sécurité intérieure. Le mot d’ordre, en cas d’infection, est de contaminer les forces de l’ordre et les non-Blancs, par exemple en laissant de la salive sur des poignées de portes.

Les anti-vaccins montent aussi au front. Vendredi, un rallye organisé par des activistes de la «Freedom Angels Foundation» a par exemple eu lieu à Sacramento, en Californie. Les responsables de santé publique constatent que leur présence est toujours plus forte et s’en inquiètent. Enfin, dernière catégorie: les complotistes. Comme les adeptes de QAnon, un mouvement apparu dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, mais qui s’est surtout développé sous la présidence Trump. Facebook vient de supprimer plusieurs comptes de ce groupe propageant des thèses conspirationnistes.

Si ces groupuscules peuvent avoir des intentions et revendications de base différentes, certains profitant des inquiétudes liées à la pandémie pour donner de la voix, ils sont finalement assez poreux, unis par un sentiment de liberté entravée et d’injustice. Cité dans le New York Times, Devin Burghart, responsable d’un institut basé à Seattle qui s’intéresse aux groupes d’extrême droite, parle «d’énorme pollinisation croisée des idées à mesure que ces factions apprennent à se connaître». C’est bien le principal danger de ces manifestations, pour l’instant encore marginales.

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