«Lisa Montgomery, 52 ans, a été exécutée au pénitencier fédéral de Terre-Haute» dans l’Indiana, a annoncé dans un communiqué le Ministère américain de la justice. Sa mort, causée par une injection létale, a été constatée à 1h31 locales (7h31 heure suisse).

La Cour suprême avait auparavant donné son feu vert à l’exécution dans la nuit, rejetant les ultimes recours des avocats de la condamnée malgré le désaccord de trois magistrats progressistes.

En 2004, Lisa Montgomery avait tué une femme enceinte de huit mois afin de lui voler son fœtus. Dans l’incapacité d’avoir un nouvel enfant, elle avait repéré sa victime, une éleveuse de chiens, sur internet et s’était présentée à son domicile dans le Missouri sous prétexte de lui acheter un terrier.

Sur place, elle l’avait étranglée, lui avait ouvert l’utérus, avait pris le bébé – qui a survécu – avant de l’abandonner dans une mare de sang.

Condamnée à mort en 2007

Sans nier la gravité de son crime, ses avocats avaient souligné qu’elle souffrait de troubles mentaux sévères, conséquences de violences et viols en réunion subis dans son enfance. Elle avait été condamnée à mort en 2007 dans le Missouri.

Lundi soir, un juge fédéral avait ordonné de surseoir à son exécution, le temps d’évaluer son état mental. «Mme Montgomery est si éloignée de la réalité qu’elle ne peut pas comprendre rationnellement le motif de l’administration pour son exécution», avait estimé le juge Patrick Hanlon.

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Une cour d’appel, saisie par le Ministère de la justice, avait toutefois annulé cette décision mardi et la Cour suprême, profondément remaniée par Donald Trump, a validé sa décision. Le temple du droit américain, qui avait été saisi de deux autres recours distincts, a à chaque fois donné raison aux avocats du gouvernement.

Les dernières exécutions fédérales de femmes remontent à 1953, celles de Bonnie Brown Heady pour enlèvement et meurtre et d’Ethel Rosenberg de la même année pour espionnage, rappellent les médias américains.

Fervent partisan de la peine capitale, comme ses électeurs les plus conservateurs, Donald Trump a par ailleurs ignoré une demande de clémence adressée par les soutiens de Lisa Montgomery. L’avocate de Lisa Montgomery, Kelley Henry, a qualifié cette nouvelle exécution de «vicieuse», évoquant dans un communiqué «la soif de sang d’une administration en faillite».

Rythme jamais vu

Malgré le recul de la peine capitale aux Etats-Unis et dans le monde, son administration a renoué en juillet, après 17 ans de pause, avec les exécutions fédérales et les enchaîne depuis à un rythme jamais vu.

Dix Américains ont reçu depuis l’été des injections létales à Terre-Haute et l’administration Trump prévoit, outre Lisa Montgomery, d’exécuter deux hommes noirs cette semaine: Corey Johnson jeudi et Dustin Higgs vendredi.

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Là encore, une bataille judiciaire féroce est engagée. Un tribunal fédéral a décidé mardi de reporter leur exécution de plusieurs semaines au motif qu’ils ont été contaminés par le Covid-19. D’anciens gardiens de prison ont de leur côté demandé au ministère de la Justice de reporter ces exécutions «jusqu’à ce que le personnel pénitentiaire soit vacciné» contre ce virus.

Entre les bourreaux, les gardiens, les témoins, les avocats… une exécution mobilise des dizaines de personnes dans un environnement clos, propice à la propagation du virus. Pour cette raison, les Etats américains, y compris le très répressif Texas, ont suspendu les exécutions depuis des mois.

A contre-courant, l’administration de Donald Trump a au contraire affiché sa détermination à procéder au maximum d’exécutions, avant de quitter le pouvoir.

«Course folle»

«Dans les dernières heures de la présidence Trump, il y a une course folle pour exécuter des gens qui sont dans les couloirs de la mort depuis des années voire des décennies. C’est insensé», a dénoncé sur NPR le sénateur démocrate Dick Durbin, en annonçant l’introduction d’une loi visant à mettre un terme aux exécutions fédérales.

Les démocrates ayant repris le contrôle du Sénat, il est possible qu’elle soit adoptée une fois que Joe Biden aura pris ses fonctions.

Le président élu, qui prêtera serment le 20 janvier, est un opposant à la peine capitale et a promis de travailler avec le Congrès pour l’interdire au niveau fédéral.