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Suprémacistes blancs à Charlottesville, en Virginie, lors des heurts de l’été 2017.
© JOSHUA ROBERTS/REUTERS

extrême droite

Aux Etats-Unis, les suprémacistes blancs visent les campus

Les groupes d’extrême droite américains recrutent de plus en plus dans les universités, relèvent plusieurs ONG

Nathan Damigo est un ancien marine, condamné pour cambriolage armé après deux missions en Irak. Il est surtout le porte-drapeau d’un nouveau groupe de suprémacistes blancs, Identity Evropa, créé en 2016. C’est l’une des entités d’extrême droite évoquées dans un rapport que vient de publier l'ONG Counter Extremism Project. Selon ce rapport, ces groupes restent vivaces aux Etats-Unis. Plusieurs de leurs leaders se sont même senti pousser des ailes depuis l'élection de Donald Trump. La timide condamnation des suprémacistes blancs par le président américain après les heurts de Charlottesville, en Virginie, en août 2017, avait provoqué une vive polémique. 

Lire aussi: Richard Spencer, l'ultra droite américaine décomplexée

Counter Extremism Project recense les six groupes jugés les plus actifs et plus virulents. Mais il met surtout le doigt sur une nouvelle tendance: si des individus continuent de se démarquer par des actes de violence, les groupes de suprémacistes modernes, comme American Renaissance et Identity Evropa, «évitent généralement les méthodes violentes traditionnellement utilisées par les nationalistes blancs. A la place, ils utilisent plutôt le jargon académique pour faire passer leur idéologie suprémaciste pour une forme légitime d’ethno-nationalisme», souligne l’ONG.

Ils cherchent souvent la confrontation, pour pouvoir ensuite s’ériger en victimes et dénoncer des violations de la liberté d’expression défendue par le 1er amendement de la Constitution américaine. Quant à leurs méthodes de recrutement, elles visent de plus en plus des jeunes individus éduqués. La pêche se fait online, mais aussi sur les campus universitaires. Cette stratégie relève du processus de «normalisation» de ces groupes. Se fondre dans la masse, viser l’élite pour mieux propager leurs thèses de l’intérieur, recruter, et prendre le pouvoir. Même l’apparence physique des nouvelles icônes de l’Alt-right suprémaciste change. Les crânes rasés n’ont plus vraiment le vent en poupe. 

Une propagande plus visible

Richard Spencer est la nouvelle icône de cette Alt-right décomplexée. Il s’en attribue même la terminologie. C’est l’un des organisateurs du rallye des extrémistes à Charlottesville, qui s’est soldé par un mort. Cet adepte de saluts nazis et de torches enflammées, qui revendique une «connexion psychique» avec Donald Trump, a senti le bon filon: il vise toujours plus les universités pour faire sa propagande. Une étude publiée en janvier 2018 par l'organisation antiraciste Anti-Defamation League (ADL) confirme ce phénomène. Selon ses données, en un an, depuis septembre 2016, 346 actes de propagande active pro-blancs, anti-immigrés, antisémites et racistes se sont déroulés sur 216 campus américains. Une augmentation de 258% par rapport à l'année précédente.

Ces «incidents» (manifestations illégales, irruption dans des conférences, affichage sauvage) sont surtout le fait d’Identity Evropa, précise ADL. Il s’agit souvent d’appels à «sauver la race blanche» et d’attaques contre des minorités. En novembre 2017, une vingtaine de membres de Patriot Front se sont par exemple filmés, masqués et avec des torches, marchant sur le campus de l’Université du Texas, à Austin. Identity Evropa se montre plus «subtile», privilégiant la stratégie de camouflage. Elle appâte par exemple des étudiants avec des slogans comme «Notre génération. Notre futur. Notre dernière chance», apposés sur une imagerie qui recourt à des statues gréco-romaines pour symboliser la culture occidentale. 

Lire aussi: Le Ku Klux Klan n'est pas mort, Charlottesville vient de le prouver

C’est notamment en lisant, en prison, les écrits de l’ancien leader du Ku Klux Klan (KKK) David Duke, que Nathan Damigo a eu envie de fonder son propre groupe. Il est proche de Richard Spencer et s’est également montré à plusieurs reprises aux côtés de David Duke. «Identity Evropa vise surtout des étudiants et perçoit des manifestations telles que celle de Charlottesville comme un terrain fertile pour le recrutement», écrit Counter Extremism Project. Nathan Damigo a cédé sa place de leader l’été dernier, tout en restant très actif. Plusieurs de ses membres ont été impliqués dans des actes violents, relève l’ONG. 

La fin de toute immigration

Parmi les autres groupes qu’elle cite figurent Vanguard America, League of the South et le Traditionalist Worker Party. Sans oublier American Renaissance, qui était d’abord un magazine mensuel édité par l’idéologue Jared Taylor. Depuis 2012, il est disponible uniquement online. Le National Socialist Movement, lui, est décrit comme le plus grand groupe néo-nazi des Etats-Unis. Il opère depuis Detroit, aurait essaimé dans 35 Etats américains, a des ramifications dans des pays européens et fait explicitement appel à la violence. Son manifeste prône la fin de toute immigration et s’illustre par son caractère antisémite. 

Des organisations historiques comme le KKK né en 1865, et que l’on disait moribond, espèrent profiter de l’essor des nouveaux groupes de la droite identitaire. Selon le Southern Poverty Law Center, 954 entités prônant la haine cohabitaient aux Etats-Unis en 2017. En un an, les groupes néo-nazis sont passés de 99 à 121. 

Lire aussi: Christian Picciolini, néo-nazi repenti

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