Donald Trump d’abord à Davos, puis, de retour au pays, à la grand-messe annuelle des militants anti-avortement, ce vendredi à Washington. Pour cette première semaine de son procès en destitution, l’accusé fait mine de ne pas s’intéresser à ce qui se passe au Congrès. Pourtant, son hyperactivité sur Twitter le trahit. Au Sénat, républicains et démocrates campent sur leurs positions, faisant apparaître une Amérique plus divisée que jamais. L’heure n’est pas vraiment à la sérénité. «Votez contre le président, et votre tête sera sur une pique»: selon CBS News, voilà le message que l’équipe de Donald Trump aurait fait passer à certains sénateurs républicains.

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Un procès «truqué»

Mitch McConnell, le leader de la majorité républicaine au Sénat, a un objectif clair: parvenir à l’acquittement du président le plus rapidement possible. L’issue du procès est connue: Donald Trump, accusé d’«abus de pouvoir» et d’«entrave à la bonne marche du Congrès» pour avoir cherché à nuire à un rival politique, Joe Biden, en faisant pression sur son homologue ukrainien, sera innocenté. Car les sénateurs républicains sont 53 sur 100, et une destitution ne pourrait être avalisée qu’avec un minimum de deux tiers des voix. Pas de suspense, donc. Mais il y a les méthodes. Les crispations sont à leur comble. Mitch McConnell fait tout pour qu’aucun témoin ne soit auditionné, et qu’aucun document supplémentaire ne soit examiné. Les amendements proposés par les démocrates ont été rejetés les uns après les autres. Un nouveau vote aura lieu la semaine prochaine.

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Les démocrates dénoncent un procès «truqué». Leur seule arme, alors que le procès est diffusé sur les principales chaînes de télévision et visionné par des millions d’Américains: insister sur les reproches adressés à Donald Trump en espérant convaincre, en pleine campagne présidentielle. Ils ont eu trois jours pour le faire. Dès samedi, c’est la défense qui aura, à son tour, trois jours pour balayer les arguments des démocrates. Les avocats de Donald Trump insistent sur le fait que le dossier d’accusation ne comprend pas de délit pénal et contestent donc la pertinence même de la procédure de destitution.

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Troisième étape: accusation et défense disposeront, dès mercredi, de seize heures pour répondre aux questions écrites des sénateurs. C’est ensuite qu’un vote, à majorité simple, sera organisé pour décider de la convocation ou non de témoins. Les démocrates doivent pouvoir compter sur quatre républicains. S’ils n’y parviennent pas, place au verdict. Selon un récent sondage de CNN, 51% des Américains seraient en faveur d’une destitution.

«Un président qui se prend pour un roi»

Donald Trump a une nouvelle fois accusé les démocrates de présenter les faits de manière «injuste» et «mensongère». Il n’a pas apprécié que l’élu démocrate Adam Schiff, le procureur en chef du procès, l’accuse d’avoir tenté de «tricher» pour garantir sa réélection le 3 novembre. Les sept procureurs démocrates ont insisté sur le danger d’avoir gelé une aide militaire de 400 millions de dollars à Kiev pour que le président Volodymyr Zelensky enquête sur les Biden, alors que l’Ukraine est en conflit armé avec la Russie. Ils ont aussi fait état d’autres pressions exercées par l’entourage de Donald Trump, vidéos à l’appui. Adam Schiff a ensuite appelé ses collègues républicains à avoir le «courage» de faire émerger la «vérité».

«Vous ne pouvez pas faire confiance à ce président pour qu’il fasse ce qui est bon pour ce pays, mais vous pouvez lui faire confiance pour qu’il fasse ce qui est bon pour Donald Trump!» a-t-il souligné, en pleine audience. Le démocrate Jerry Nadler lui a emboîté le pas: «La destitution est la réponse ultime de la Constitution à un président qui se prend pour un roi.» Sans surprise, les républicains sont peu réceptifs à ces arguments, certains donnant même l’impression de s’ennuyer. A tel point que l’aumônier du Sénat, Barry Black, a eu une pensée pour eux. «Seigneur, aide les sénateurs à se rappeler qu’écouter signifie souvent plus qu’entendre», a-t-il relevé jeudi, dans sa prière quotidienne.

S’il est difficile d’estimer les répercussions qu’aura ce procès sur les chances de réélection de Donald Trump, il a déjà un impact direct sur la campagne présidentielle: trois candidats démocrates, Elizabeth Warren, Bernie Sanders et Amy Klobuchar – quatre si l’on compte l’insignifiant Michael Bennet –, sont retenus ces jours à Washington, alors qu’ils préféreraient être sur le terrain, à quelques jours du caucus de l’Iowa. Le 3 février, le petit Etat du Midwest sera le premier à ouvrir le bal des primaires. Pendant ce temps, ce sont Joe Biden et Pete Buttigieg qui en profitent. Loin de Washington.