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A Gaza, de violents affrontements qui ont tourné au bain de sang.
© MAHMUD HAMS/AFP Photo

Proche-Orient

Aux frontières de Gaza, le carnage

Alors que l’ambassade américaine a été inaugurée à Jérusalem, une manifestation géante à Gaza s’est transformée en bain de sang

Les évènements de lundi à la frontière de Gaza ont suscité une vive inquiétude internationale. L'Union européenne et Londres ont appelé à la retenue, Paris a «condamné les violences». L'Iran a dénoncé un «jour de grande honte».

Des organisations de défense des droits de l'Homme ont à nouveau condamné l'Etat hébreu pour usage disproportionné de la force. L'ONG Amnesty International est allé jusqu'à évoquer des «crimes de guerre». La Turquie, comme l'Afrique du Sud, a notamment décidé de rappeler son ambassadeur en Israël, l'accusant de «terrorisme d'Etat» et de «génocide», estimant que les Etats-Unis partageaient la responsabilité du «massacre» à Gaza.

La nouvelle ambassade avait vu les choses en grand. Bâtiments réaménagés, bien sûr, nouvelle plaque officielle, mais aussi un site internet à la hauteur de l’événement et de nouveaux comptes sur les réseaux sociaux. C’est avec un jaillissement de cœurs multicolores que la nouvelle ambassade des Etats-Unis à Jérusalem a accompagné, lundi sur son site, les discours des officiels israéliens et américains qui célébraient «l’histoire en marche».

Des effets graphiques qui, à l’instar des discours eux-mêmes, prenaient pourtant une allure de plus en plus embarrassante à mesure que s’alourdissait le bilan d’une autre «marche», aux limites de la bande de Gaza, nommée par les Palestiniens «la marche du retour»: au moins 52 morts, dont 8 enfants, ainsi que quelque 2000 blessés. Un bébé palestinien, âgé de 8 mois, est également décédé après avoir inhalé du gaz lacrymogène pendant les heurts, a annoncé mardi le Ministère de la santé de l’enclave.

Durant la nuit de lundi à mardi: Washington bloque à l’ONU une demande d’enquête indépendante

La journée la plus noire depuis 2014

C’est la journée la plus noire qu’a connue Gaza, et l’ensemble de la Palestine, depuis l’offensive militaire israélienne de 2014. En conséquence, le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir mardi, à l’initiative du Koweït.

Nulle allusion, ou presque, à ce bain de sang, dans les discours qui s’enchaînaient à Jérusalem. Sinon, de la part de Jared Kushner, le gendre du président Donald Trump qui, entre deux rafales de cœurs colorés, disait partager avec Israël «la même croyance en la liberté et en les droits de l’homme». «Ceux qui provoquent la violence, poursuivait-il en référence semble-t-il à ce qui se passait au même moment à Gaza, font partie du problème, et non de la solution.»

Al-Haq fait partie des organisations palestiniennes qui craignaient le pire ce lundi, alors que depuis six semaines, les soldats israéliens avaient déjà tué des dizaines de manifestants à la «frontière» entre Gaza et Israël et blessé des centaines d’autres, le plus souvent à balles réelles. «Tout démontre que le massacre était délibéré, affirme au téléphone Maha Abdallah, qui travaille comme enquêtrice légale au sein de l’organisation. Nos équipes ont documenté (lundi) la mort de 41 civils et de 15 autres personnes qui pourraient être considérées comme des membres de la résistance [c’est-à-dire des membres du mouvement Hamas, qui contrôle Gaza]. La volonté affichée par Israël est d’écraser tout mouvement de protestation, mais aussi d’établir un climat de totale impunité, qui lui permet d’accomplir ce type de crimes sans que personne ne s’en émeuve.»

«Manipulé par le Hamas»

«La prétendue «Marche du retour» n’est rien d’autre que du terrorisme», confirmait de son côté Emmanuel Nahson, porte-parole du Ministère israélien des affaires étrangères. «C’est suscité, organisé et manipulé par le Hamas, une organisation terroriste islamiste qui a une idéologie haineuse et meurtrière. Nous n’autoriserons pas les émeutiers meurtriers à entrer sur le territoire israélien. Aucun autre pays ne le ferait.»

A plusieurs reprises, les responsables israéliens avaient assuré que l’armée allait recourir à «tous les moyens» pour empêcher les manifestants de s’approcher de la barrière qui sépare la bande de Gaza d’Israël. Cela n’a pas empêché des dizaines de milliers de personnes de former des manifestations géantes. «Les hôpitaux n’ont plus les moyens de recourir aux opérations, tant le nombre de victimes est élevé, enchaîne Maha Abdallah. Le matériel médical fait défaut, et lundi, les dizaines de blessés étaient alignés dans les couloirs en attendant qu’un lit finisse par se libérer.»

Alors qu’Israël est toujours jugé «puissance occupante» à Gaza par la communauté internationale, il lui appartient en théorie de veiller à ce qu’une telle situation ne se produise pas. «Cela équivaut clairement à un crime de guerre», affirme la chercheuse palestinienne.

Lire aussi: A Jérusalem, Netanyahou triomphe face à des Palestiniens résignés

Nouvelle journée à risque ce mardi

Le transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine – un geste que les Etats-Unis s’étaient abstenus d’accomplir pendant des décennies – s’inscrit dans un enchaînement que les observateurs les plus optimistes décrivent comme particulièrement préoccupant.

Alors que Gaza est aujourd’hui un territoire dévasté – l’électricité et l’eau potable sont rationnées, l’emploi est au plus bas, le blocus israélien et égyptien est pratiquement hermétique – la cérémonie s’est déroulée à la veille de la Nakba palestinienne, la «catastrophe» qui marque le jour de la fin de la Palestine historique et, depuis lors, de la Palestine quelle qu’elle soit. D’autres manifestations sont prévues à Gaza, ainsi que dans diverses villes de Cisjordanie. Ensuite viendra le début du mois de ramadan, une période particulièrement sensible.

Etonnamment, Emmanuel Nahshon s’emportait contre ceux qui font le lien entre le massacre de Gaza et la décision de Donald Trump de déplacer l’ambassade à Jérusalem. «Il n’y a pas de corrélation entre les deux événements. C’est de la manipulation.»

«Pas de lien avec l’ambassade américaine»

Une «corrélation» qui a pourtant été faite lundi également par plusieurs capitales européennes et arabes, alarmées par le nombre de morts à Gaza. Emmanuel Macron avait «alerté et mis en garde sur les répercussions» de la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, a déclaré notamment l’Elysée. Malgré ces diverses dénonciations, l’Union européenne s’était montrée incapable de répondre d’une même voix à ce geste des Etats-Unis qui va à l’encontre de la politique menée jusqu’ici dans le dossier israélo-palestinien. Et pour cause.

Quatre Etats européens avaient répondu favorablement à l’invitation reçue de participer à la cérémonie, aux côtés notamment d’Ivanka Trump et de son mari: la République tchèque, la Hongrie, la Roumanie et l’Autriche.

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