Deux couples présidentiels face aux Invalides. Puis deux présidents face à l’empereur: les images sont faites pour marquer l’opinion. Et pour sanctifier au regard de l’histoire l’alliance entre la France et les Etats-Unis. Arrivé vers 8h30 à Paris, où il a dans la foulée rencontré les ressortissants américains et assisté à un briefing des principaux responsables de l’armée américaine en Europe, Donald Trump a entamé jeudi sa visite officielle dans l’Hexagone par un hommage en grande pompe aux Invalides, où Emmanuel Macron et son épouse Brigitte l’ont reçu à l’extérieur de l’édifice. La première dame française toute de blanc vêtue. Son homologue américaine en rouge. Les deux présidents aux cravates bleues. Dès l’échange de bises et de poignées de main entre les deux couples, le drapeau tricolore était d’emblée à l’honneur.

Garde républicaine à cheval, visite commune aux tombeaux de Napoléon et du maréchal Foch, inauguration de plaques en mémoire du maréchal Jean de Lattre de Tassigny… Un protocole très impressionnant est au rendez-vous pour l’accueil du locataire de la Maison-Blanche et de son épouse, arrivés dans leur convoi de limousines flanquées des deux drapeaux, français et américain. Entièrement vidée des voitures et des passants, l’esplanade des Invalides est, depuis le milieu de la journée, complètement cernée par les services de sécurité.

Dîner à la tour Eiffel

Coïncidence de date très symbolique, Emmanuel Macron a enchaîné, dans la journée, le premier Conseil des ministres franco-allemand de son quinquennat, puis une conférence de presse commune avec la chancelière Angela Merkel avant de franchir la Seine pour se rendre aux Invalides. Une commémoration destinée à célébrer l’intervention militaire des Etats-Unis aux côtés de la France et des Etats-Unis en 1917, lors de la Première Guerre mondiale. Les époux Trump, reçus par Emmanuel et Brigitte Macron, se sépareront ensuite avant de se retrouver pour le dîner au restaurant Jules Verne au premier étage de la tour Eiffel. La première dame française conduira de son côté dans l’après-midi Melania Trump à Notre-Dame, tandis que les deux chefs de l’Etat donneront une conférence de presse commune à l’Elysée à 18h15.

Quelle leçon diplomatique à retenir de cette cérémonie en grande pompe, ponctuée vendredi par le traditionnel défilé militaire au sein duquel seront incorporés plusieurs éléments de l’armée américaine et huit avions de l’US Air Force? Deux choses, pour l’essentiel. La première est la volonté évidente d’Emmanuel Macron d’apparaître, au niveau mondial, comme le principal interlocuteur de Donald Trump, son partenaire européen privilégié capable de lui dire franchement ses désaccords. La seconde est la volonté conjointe d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel de ne pas isoler le président américain sur la scène internationale.

Nos désaccords sont profonds. Donald Trump le sait

Emmanuel Macron

Même si la chancelière allemande n’est pas restée à Paris pour rencontrer le président américain, qu’elle a reçu à Hambourg pour le G20 voici quelques jours, les deux dirigeants ont fait savoir de nouveau aujourd’hui que le Vieux Continent avait besoin des Etats-Unis, en particulier pour le soutien des opérations militaires à l’extérieur, comme celle actuellement conduite par la France au Sahel (opération Barkhane), ou, bien sûr, dans le cadre de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis en Irak contre Daech. Mais c’est sur le réchauffement climatique, une fois encore, que la discussion sera sans doute la plus compliquée vu la décision des Etats-Unis de se retirer de l’Accord de Paris que la France juge «irréversible». «Nos désaccords sont profonds. Donald Trump le sait», a redit dans la journée Emmanuel Macron.

«No Trump Zone»

Du coté de la population française et parisienne, l’accueil fait à Donald Trump laisse une impression mitigée. Si plus de 60% des Français interrogés dans les sondages affirment comprendre et soutenir l’invitation faite à Donald Trump, la population de la capitale est beaucoup plus divisée. Ce mercredi soir, sur la place de la République, une «No Trump Zone» sera constituée pour témoigner de l’hostilité locale à ce président américain très clivant. La crainte d’une action de protestation publique spectaculaire hante les services de sécurité français, qui ont en particulier refusé au couple Trump une visite dans le pittoresque quartier de Montmartre: les deux premières dames feront côte à côte une remontée de la Seine sur un bateau-mouche. La soirée se terminera par un dîner commun au Jules Verne, le restaurant étoilé d’Alain Ducasse au premier étage de la tour Eiffel.

Les éléments des forces américaines défileront en premier vendredi matin sur les Champs-Elysées, sous le regard des deux présidents, dont les divergences politiques lestent les points communs. Comme Donald Trump, Emmanuel Macron n’avait jamais été élu avant d’accéder à la tête de l’Etat. Comme le président américain, le président français entend s’adresser directement aux Français en évitant le plus possible de passer par les journalistes. Et comme le locataire de la Maison-Blanche, celui de l’Elysée – surnommé «Jupiter» par les médias pour son goût du pouvoir vertical – affiche sa volonté de transgresser le plus possible la politique. Un axe Macron-Trump pour maintenir l’alliance franco-américaine malgré les convulsions du moment? Le pari est risqué. Mais à 39 ans, Emmanuel Macron, persuadé d’avoir pour l’emporter de sérieux atouts, entend bien pousser son avantage face au milliardaire sexagénaire qui le dépasse presque d’une tête.

Emmanuel Macron clôturera son 14 Juillet par un déplacement hommage à Nice, où 86 personnes trouvèrent la mort dans l’attentat au camion piégé voici un an. Un attentat qui avait engendré une crise entre les différents services de police français.

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