Malgré des relations bilatérales tendues avec Pékin, le Royaume-Uni s'est essayé pendant six jours à convaincre la Chine de condamner les militaires birmans pour le coup d'Etat du 1er février et les violences meurtrières qui ont suivi... Avec un succès au terme d'une négociation à rebondissements.

«Critiquer les militaires, c'est une première pour la Chine», relève un diplomate européen sous couvert d'anonymat, encore surpris du virage chinois alors que Pékin a toujours qualifié la crise en Birmanie d'«affaire interne».

Le Conseil de sécurité parle d'une seule voix

La Chine estime qu'«il est maintenant temps de procéder à la désescalade» en Birmanie et qu'«il est temps de dialoguer», a affirmé mercredi l'ambassadeur chinois à l'ONU, Zhang Jun, après l'approbation par le Conseil de sécurité d'une déclaration condamnant pour la première fois la junte militaire.

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«L'heure est à la diplomatie», a-t-il aussi souligné dans un communiqué, en affirmant que «la Chine avait participé à la négociation» organisée pendant six jours par le Royaume-Uni au sein du Conseil de sécurité pour cette déclaration «d'une manière constructive».

«Il est important que les membres du Conseil parlent d'une seule voix. Nous espérons que le message du Conseil sera de nature à améliorer la situation en Birmanie», a insisté le diplomate chinois. «La communauté internationale devrait créer un environnement propice permettant aux parties concernées en Birmanie de régler les différends dans le cadre constitutionnel et juridique.»

«Nous appuyons à cette fin les efforts diplomatiques et de médiation de l'Asean (l'Association des nations d'Asie du Sud-Est) et l'envoyée spéciale du secrétaire général» de l'ONU, la Suissesse Christine Schraner Burgener, a affirmé le diplomate. 

«La politique d'amitié de la Chine envers la Birmanie est pour tout le peuple de la Birmanie. La Chine est prête à s'engager et à communiquer avec les parties concernées, et à jouer un rôle constructif pour atténuer la situation actuelle», a précisé l'ambassadeur chinois.

Les mots «coup d'Etat» absents de la déclaration

Dans sa déclaration adoptée à l'unanimité des 15 membres, l'organe exécutif des Nations unies s'en est pris de manière inédite à l'armée qu'il appelle à «faire preuve de la plus grande retenue». Dénonçant les agissements violents des forces de sécurité «contre des manifestants pacifiques, incluant des femmes, des jeunes et des enfants», le Conseil demande aux parties de «chercher une solution pacifique» à la crise provoquée par le coup d'Etat du 1er février, dans ce texte rédigé par le Royaume-Uni.

Il s'est aussi déclaré «profondément préoccupé par les restrictions imposées au personnel médical, à la société civile, aux membres des syndicats, aux journalistes, et aux professionnels des médias» et a demandé «la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement», sans toutefois mentionner la possibilité de sanctions internationales.

Dans un communiqué, l'ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield, s'est félicitée que les membres du Conseil de sécurité «aient parlé d'une seule voix pour condamner la violence permanente contre des manifestants pacifiques en Birmanie». «Nous saluons leur courage et leur détermination face aux attaques brutales et continues des forces militaires et de sécurité», a ajouté la diplomate américaine, en promettant que les responsables de la violence rendront des comptes. Les Etats-Unis sont également intervenus, en adoptant des sanctions contre deux enfants adultes du dirigeant de la junte qui s'est emparé du pouvoir, Min Aung Hlaing.

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La déclaration unanime mercredi du Conseil de sécurité de l'ONU ne comporte ni les mots «coup d'Etat», jamais reconnu comme tel ni à Pékin ni à Moscou, ni de mention prévoyant de possibles «mesures» supplémentaires, ouvrant la porte à des sanctions internationales. Ces deux références figuraient dans le premier texte proposé vendredi par Londres, en charge à l'ONU du dossier birman, comme dans un deuxième remis lundi soir à ses 14 partenaires du Conseil, selon des copies obtenues par l'Agence France-Presse (AFP).

Un compromis trouvé

Vendredi, à l'issue d'une réunion rare à huis clos sur la Birmanie, le Royaume-Uni avait remis un projet de texte à ses 14 partenaires, leur demandant des commentaires à remettre au plus tard lundi. Dans la soirée de lundi, un texte remanié prenant en compte certaines des observations est à nouveau soumis au Conseil, avec la consigne qu'il est à prendre ou à laisser avant mardi tôt.

A l'ONU, les missions russe et chinoise ont cependant souvent recours à l'argument du décalage horaire pour expliquer n'avoir pas d'instructions de leur capitale et faire traîner les discussions.

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Mardi, un temps supplémentaire leur est octroyé jusqu'au soir. Peu avant l'échéance, Russie et Chine annoncent leur opposition au texte. Le Vietnam et l'Inde font de même, mais en proposant des amendements. Londres se remet à l'ouvrage dans la nuit, retire les deux mentions litigieuses (coup d'Etat et mesures supplémentaires éventuelles) et repose sur la table un troisième projet de texte, avec consigne d'une réponse obligatoire avant mercredi midi.

Le compromis finalement approuvé par le Conseil de sécurité, plus ferme que la première déclaration de début février, met en avant le rôle de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) comme le souhaitaient ses membres asiatiques, mais en se montrant critique comme jamais auparavant à l'égard des généraux birmans.