«Soigner les femmes enceintes infectées a changé ma vie»

Shubhada Bahirat est médecin résidente au grand hôpital public Nair de Bombay. La jeune femme s’est retrouvée en première ligne d’une unité qui a accueilli 1134 femmes enceintes contaminées durant la crise sanitaire.

«Aujourd’hui, je porte des vêtements normaux, se réjouit Shubhada Bahirat, en désignant le chemisier bleu pâle et le pantalon noir dont elle est vêtue ce matin-là. Mais, pendant huit mois, je n’ai porté que la tenue médicale!» Cette jeune femme de 24 ans, médecin résidente en gynécologie-obstétrique, a fait face à une expérience rare aux pics de la crise sanitaire du Covid-19: travailler à l’unité spéciale des femmes enceintes contaminées du B.Y.L. Nair Charitable Hospital, un grand hôpital public dans le sud grouillant de Bombay.

Dans ce service dirigé par le Dr Ganesh Shinde, 1134 patientes ont été ainsi prises en charge, incluant 761 accouchements dont 301 césariennes. C’est un record de naissances sous Covid-19 dans un hôpital indien et, vraisemblablement, dans le monde. Et ce sont les jeunes médecins comme Shubhada, moins à risque que leurs aînés de développer des complications en cas d’infection, qui ont été envoyés en première ligne. «Ils sont des héros», applaudit le Dr Mahajan, le gynécologue qui a coordonné le service durant la crise.

«Quand l’épidémie a débuté, les tout premiers cas de coronavirus étaient dirigés vers un petit hôpital à proximité, raconte la jeune femme. J’ai été envoyée pour traiter la première femme enceinte contaminée, qui arrivait d’Italie. Personne ne m’a forcée: on a demandé si un docteur de notre service voulait bien se porter volontaire pour l’examiner. J’ai dit oui. Après la consultation, mon cœur battait fort. J’espérais ne pas avoir été infectée. Mais je me disais qu’il fallait le faire et qu’il y aurait d’autres cas à examiner.»

S’éclairer au téléphone

Et ils se sont multipliés. En avril, l’hôpital Nair est le premier institut à être converti en centre dédié aux personnes infectées. Les cliniques étant saturées, les femmes enceintes contaminées convergent vers cet hôpital public. Une maternité de 120 lits ainsi qu’une salle d’accouchement s’improvisent dans une autre aile. «Les premiers jours, nous n’avions que les lampes de nos téléphones pour nous éclairer correctement durant les accouchements», se souvient Shubhada. Bientôt, de généreuses donations vont affluer pour compléter les besoins des médecins. Une chambre d’hôtel est même mise à la disposition de Shubhada. Mais le sommeil va souvent manquer à cette jeune médecin dévouée, fille d’un couple de docteurs originaires de la ville de Pune.

«Le plus difficile a été de porter les équipements de protection (EPI), poursuit-elle. Le pic de la pandémie est tombé en plein été et durant la mousson, dans la chaleur et l’humidité. Or, les hôpitaux publics n’ont pas climatisation. Il n’y a que des ventilateurs, que nous avons éteints pour éviter la transmission du virus. Il fallait rester sans boire, sans manger et sans aller aux toilettes, pendant six à huit heures… Nous étions déshydratés et nous transpirions énormément dans les combinaisons. Certains docteurs portaient des couches pour adultes, d’autres se scotchaient les lunettes de vue sur le visage. C’était dur.»

Pour tenir le coup, les médecins prennent soin de leur alimentation. Des repas offerts leur sont envoyés. «Nous avons reçu des barres protéinées et des fruits secs. Et même des milkshakes», sourit Shubhada. Malgré la pression mentale endurée, les jeunes docteurs apprennent à s’adapter. Dans cette unité, six d’entre eux seront infectés. C’est peu, par rapport à l’ensemble de l’hôpital qui compte 491 infections sur 3711 soignants et aides-soignants. Mille cinq cents patients contaminés ont perdu la vie à l’hôpital Nair et, dans ce service, huit femmes enceintes.

«Une grande famille sans castes»

Dans le dortoir de la maternité, les patientes sont terriblement angoissées. L’interdiction d’accès aux proches bouleverse le système hospitalier, où l’absence de services est habituellement compensée par le soutien quotidien des familles. «Les femmes avaient très peur pour leur bébé et elles se sentaient seules, explique Shubhada. Du coup, nous avons joué le rôle des proches. Il fallait les rassurer, les aider à allaiter et à s’occuper de leurs bébés.» Pour maintenir l’allaitement, l’hôpital a en effet décidé de laisser les mères infectées avec leurs nouveau-nés, en imposant des règles pour limiter l’exposition au virus.

La plupart de ces femmes sont pauvres. Un jour, une mendiante est admise, dont les deux enfants, qui n’ont nulle part où aller, vont rester durant des jours à l’entrée du bâtiment. A côté des femmes défavorisées sont aussi alitées des patientes issues de milieux aisés, après avoir trouvé porte close dans les cliniques privées. «Elles avaient l’habitude d’avoir des chambres individuelles avec la télé et la climatisation. Mais elles ont appris. Elles ont partagé leur repas avec les plus pauvres. Toutes les femmes discutaient entre elles. C’était incroyable. Nous étions comme une grande famille, sans castes, classes ou religions.»

Au total, 761 bébés ont vu le jour à l’hôpital Nair, en incluant dix jumeaux et une naissance de triplés. Ils sont en bonne santé. La jeune femme sourit: «Cette expérience a changé ma vie. J’ai réalisé qu’il n’y avait rien de plus important que de prendre soin des autres et de les aimer.»

Vanessa Dougnac, Bombay


«Qui mieux qu’un pharmacien face à une situation pareille?»

Le petit village de Vo, en Vénétie, a enregistré en février dernier la première victime italienne du virus. Son maire, Giuliano Martini, a dû accompagner ses habitants lors du premier confinement en Europe.

«Qui mieux qu’un pharmacien pouvait affronter une situation pareille?» Difficile de répliquer face à une telle assurance. Giuliano Martini est en train de rentrer chez lui lorsqu’il répond au téléphone, un début de soirée de mi-décembre. Le maire de Vo a la voix lasse, il attend avec impatience les quelques jours de repos qu’il s’accorde pour les Fêtes, les premiers de cette année chaotique. Son village est au cœur de l’attention médiatique nationale et internationale depuis bientôt un an. La première victime italienne de coronavirus était l’un de ses concitoyens. Cette petite bourgade de 3300 habitants logée au pied des collines à l’ouest de Padoue, en Vénétie, était placée en quarantaine avec dix autres villes fin février.

Quelques semaines plus tard, Vo ne comptera plus aucun malade. Elle restera épargnée durant des mois. Le travail du maire sera salué et décrit par la presse transalpine comme un «exemple de bonnes décisions, de rapidité et de prévoyance». Son expérience de pharmacien couplée à deux mandats complétés à cheval entre les années 2000 et 2010 n’est pas étrangère à ce succès, laisse sous-entendre l’homme de 63 ans. Mais c’est surtout son appartenance aux Alpins, ces troupes spécialisées de l’armée italienne, qui lui a permis de surmonter les épreuves infligées par le virus.

«Entrés en guerre»

«Nous sommes pratiquement entrés en guerre, avec l’armée à nos portes, se rappelle Giuliano Martini. J’ai eu l’impression de me retrouver à nouveau sous les drapeaux.» Son rôle de «commandant» de Vo lui est seulement nié le temps du confinement de deux semaines au profit du préfet. «Et quand un supérieur dit ce qu’il faut faire, il n’y a pas de discussion, il faut seulement s’exécuter.»

Des points de contrôle bloquent ainsi les rues entrant à Vo jusqu’à la moitié du mois de mars. Les militaires ne laissent passer que les approvisionnements. Giuliano Martini doit totalement réorganiser la ville afin de permettre aux habitants d’accéder aux produits essentiels, comme la nourriture et les médicaments. «Nous avons dû changer complètement notre style de vie», assure-t-il.

Encore marqué par les sacrifices de la fin de l’hiver dernier, le maire salue la décision du gouvernement d’imposer un confinement national jusqu’au 6 janvier. Au 23 décembre, Vo compte quinze cas positifs en quarantaine. «Nous pourrons difficilement affronter un autre hiver comme en début d’année», craint-il, tout en espérant maintenir pour sa ville le statut de «modèle» pour tout le pays.

Après avoir observé le succès du confinement communal, les autorités sanitaires de Vénétie ont décidé de soumettre les 3300 habitants de Vo à plusieurs dépistages généralisés durant le printemps. Une étude de l’Université de Padoue a ainsi pu révéler que 40% des malades ne présentent pas de symptômes. Le professeur Andrea Crisanti a par la suite préconisé l’utilisation massive de tests pour interrompre la chaîne de transmission du virus. Le modèle est alors étendu à toute la Vénétie par le gouverneur.

A la fin de novembre, l’équipe du scientifique de Padoue se rend à Vo pour tester une nouvelle fois les 150 personnes ayant contracté le coronavirus. «Comme maire pharmacien, j’ai pu sensibiliser les habitants et ainsi permettre une adhésion massive à cette étude et ces campagnes de dépistage», se réjouit Giuliano Martini. Sa pharmacie, qu’il gère depuis bientôt trente ans, est devenue l’annexe de la mairie, 300 mètres seulement séparent les deux immeubles.

Au cœur de la crise, aidé par sa femme et son fils, il passe jusqu’à 14 heures au milieu des médicaments et des patients apeurés. Il installe même un lit dans le laboratoire. Derrière le comptoir de son magasin, il ne répond pas seulement aux questions de santé. «J’écoute toutes les réclamations, que j’annote sur de petits bouts de papier, détaille-t-il. Je les emmène ensuite à la mairie, où j’essaie de résoudre les problèmes avec l’aide des services compétents. C’est une question de sens de la communauté.»

Une insistante voix intérieure

Cette même envie d’aider sa collectivité l’avait poussé à se porter candidat à la mairie en 2004. Il remporte l’élection avec quelque 60% des voix et est reconduit avec 10 points de plus cinq ans plus tard. Il pense, en 2014, avoir achevé son expérience politique. Du moins le pensait-il jusqu’au jour où, au début de 2019, une insistante voix intérieure le pousse chaque matin à briguer un nouveau mandat. Une sensation d’une période difficile à venir l’envahit. Il finira par l’écouter.

Cet épisode lui rappelle une expérience autant mystique que traumatisante quelques années plus tôt. En 2015, Giuliano Martini est victime d’une hémorragie cérébrale. Il est opéré durant sept heures à crâne ouvert. La semaine suivant l’intervention, il entrevoit plusieurs fois «des figures à contre-jour, des entités» postées devant lui «en train de discuter un livre à la main». Il est convaincu de ne pas dormir durant ces visions. «Je ne pouvais pas faire chaque fois le même rêve», soupire-t-il.

Une physiothérapeute lui confiera plus tard que des infirmiers de l’institut ont voulu être mutés après avoir vu ces mêmes présences. La soignante est convaincue que ces êtres décidaient s’il fallait le laisser mourir ou non. La voix apparue en 2019 rappelle au maire ces entités mystérieuses. Ce seront les dernières paroles du récit de Giuliano Martini. Une question vient alors à l’esprit: «Qui mieux qu’un pharmacien et un survivant pouvait affronter une telle situation?»

Antonino Galofaro, Rome


«On m’a dit d’abandonner mon épouse»

L’histoire de Jeff Siddle se confond avec les premiers soubresauts de la pandémie.

Alors que le reste du monde observe l’impitoyable confinement imposé aux habitants de Wuhan depuis le 23 janvier, le Britannique Jeff Siddle, venu passer le Nouvel An chinois dans sa belle-famille établie dans le Hubei, fait face à un impossible dilemme. Sa fille Jasmine et lui-même peuvent rentrer à bord d’un avion affrété par Londres. Mais son épouse de nationalité chinoise, Sindy, n’est pas autorisée à les accompagner. «Je me retrouve dans une position où je dois choisir entre laisser ma femme seule ici, ou rester tous les trois ensemble, témoigne-t-il alors au micro de la BBC. Notre fille de 9 ans serait séparée de sa mère. Et qui sait pour combien de temps?»

C’est là, isolés dans un village à trois heures de Wuhan, qu’ils cherchent désormais une issue. Lorsque enfin les autorités chinoises acceptent l’embarquement de leurs ressortissants mariés à des étrangers, les Siddle font face à un nouvel obstacle. Ce dimanche 2 février, ils ont une place dans un vol venu de France. Mais, dans la panique causée par le virus, aucun chauffeur n’accepte de les conduire à l’aéroport.

Jusqu’à l’apparition d’un bon samaritain. «C’était fou, confie Jeff Siddle au Guardian. Il n’y avait personne d’autre sur une autoroute à quatre voies, hormis quelques voitures de police et nous.» Leur course éperdue jusqu’à l’avion est brusquement interrompue: les autorités leur demandent de prendre en charge une ressortissante française. La femme se précipite hors de son immeuble et se jette dans la voiture.

Résilients jusqu’à leur évacuation, les Siddle le sont encore à leur arrivée au Royaume-Uni. Dans cette Europe où le coronavirus n’est encore qu’un sujet d’actualité parmi d’autres, ils connaissent les gestes qui sauvent. «Nous sommes beaucoup plus inquiets que nos amis et nos proches», explique, peu après son rapatriement, ce père de famille dont l’acharnement a fini par payer.

Marc Allgöwer


«L’amour est un anti-virus»

Personne n’a eu besoin d’expliquer le concept de résilience à Samaa al Ameer lorsque la pandémie a déferlé sur l’Irak.

La jeune femme de 17 ans connaissait une forme de confinement depuis la naissance: handicapée et en chaise roulante, Samaa al Ameer n’a longtemps pas eu accès à l’école et s’est très vite tournée vers l’enseignement à distance. C’est la peinture qui lui a ouvert une fenêtre sur le monde.

Avant l’apparition du Covid-19, Samaa fonde un réseau de volontaires qu’elle baptise «La vie comme une palette». Son but: soutenir de jeunes artistes comme elle. L’irruption du virus fait de sa structure une plateforme toute trouvée. Elle monte une exposition virtuelle, Ensemble, nous faisons face au corona, qui rassemble les dessins et les photographies d’une quarantaine d’adolescents et d’enfants irakiens. Samaa leur donne pour seule consigne d’illustrer le confinement, les gestes barrières et les mesures d’hygiène.

De quoi lui valoir d’être repérée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) et par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) qui en font un des visages de la jeunesse mondiale en temps de pandémie. «Nous tentons de lier les valeurs humaines avec l’art, l’éducation et la créativité, d’aider les jeunes à construire un état d’esprit positif, de souligner l’importance de la volonté», confie à ses nouveaux parrains onusiens celle qui, dans un pays ravagé bien avant 2020, rejette «l’extrémisme et la discrimination».

Alors que les Etats les plus riches voient les campagnes de vaccination débuter, les habitants de l’Irak savent qu’ils devront s’armer de patience. Sur son blog, Samaa promeut le seul moyen en sa possession. «L’amour est un anti-virus», écrit-elle. Il permet, à ses yeux, de repousser la maladie en en appelant à la solidarité de chacun, «de se sentir responsable pour la patrie, la planète et les gens en suivant les mesures de protection. Si quelque chose de mal devait vous arriver, interroge-t-elle, qui construirait notre patrie?»

M. A.


«Nous avons battu les statistiques»

Il y a un peu plus de deux ans, elle a appris une mauvaise nouvelle, Neala Fogarty sait sa vie de famille menacée.

Un jour d’août 2018, l’époux de Neala Fogarty, Joe, découvre qu’il est atteint d’un syndrome myélodysplasique, une maladie de la moelle osseuse pouvant déboucher sur une leucémie. Moins de deux ans plus tard, en mai dernier, Joe est diagnostiqué positif au Covid-19 et est admis aux soins intensifs. «Il toussait et avait de la fièvre. Les médecins m’ont dit de préparer ma famille à ce qu’il ne revienne pas», se souvient l’habitante de Houston. Quelques jours plus tard, elle-même est hospitalisée. Et se sait aussi à risque à cause d’un diabète.

Le récit que Neala Fogarty a confié cet été à la chaîne texane KHOU 11 témoigne de la bataille que son mari et elle ont livrée durant plusieurs semaines, chacun sur son lit, pour ne pas rejoindre la cohorte de victimes du Covid-19 aux Etats-Unis. Fin mai, Joe est le premier rétabli. «Nous avons battu les statistiques, se réjouit la mère de famille, aucun d’entre nous n’aurait dû sortir de cet hôpital et nous l’avons fait.» Mais cette lutte, dans la vie de Neala, n’en est qu’une parmi d’autres: «Nous avions l’impression que toutes les épreuves possibles nous avaient été infligées.» Car la famille Fogarty était en train de rénover une maison dévastée par un incendie fin 2019.

A cette époque, le nom de Neala était déjà apparu dans les colonnes du Houston Chronicle. Prévenue en plein cours que son domicile était la proie des flammes, l’enseignante quitte sa salle de classe pour arriver devant des ruines fumantes. Et déjà, la solidarité – élèves, passés et présents, voisins ou collègues – avait permis aux Fogarty de surmonter l’épreuve. En sortant, quelques mois plus tard, des soins intensifs, le couple est à nouveau pris en charge. «Dieu ne me donnera pas plus que ce que je peux supporter. Je dois me le rappeler, en particulier cette année. Je sais que nous pouvons gérer un incendie, être à l’hôpital avec le covid et y survivre, nous pouvons tout faire tant que nous sommes ensemble.»

M. A.


«Les autres sont partis, nous sommes disponibles»

Le but qu’Agnes Leina s’était fixé en fondant son organisation il y a neuf ans n’avait rien à voir avec un virus venu de l’autre bout du monde. Et pourtant…

Une ONG joue désormais un rôle essentiel pour aider près de 350 foyers maasaï au Kenya. Retour en 2011: Agnes Leina lance alors Il’laramatak Community Concerns, dont l’objectif est de soutenir les femmes de cette communauté. «Ce sont elles qui vont chercher l’eau et le bois pour le feu, préparent à manger, s’occupent des enfants et des animaux», explique l’activiste au magazine Africa Renewal l’an dernier. Autant de responsabilités qui contrastent avec la faible représentation féminine dans les organes de décision traditionnels des Maasaï.

Le changement climatique aggrave le problème. Des points d’eau plus éloignés signifient des trajets plus longs, et un risque accru d’être attaquée par des animaux sauvages ou d’être victime d’agressions sexuelles. L’organisation d’Agnes cherche ainsi des solutions pour financer des puits, proposer un suivi éducatif ou encore développer des programmes de micro-entreprenariat.

Tout cela a pourtant été mis entre parenthèses par le coronavirus. Partout sur le continent, les poids lourds dans l’aide au développement évacuent leurs expatriés. «Les confinements et interdictions de voyage dus au Covid-19 fournissent une leçon capitale en matière de développement international, écrit Emma Illick-Frank, chercheuse au World Resources Institute. Investir dans les institutions locales est essentiel pour construire une résilience face aux crises.»

C’est exactement ce qu’Agnes Leina décide de faire. Distribution de savon, de jerricanes d’eau, campagnes d’information, fourniture de masques, de radios et de téléphones portables pour l’enseignement à distance, la douzaine de membres de son organisation s’invente de nouveaux rôles pour répondre à la pandémie. «Etre basés ici était la meilleure chose qui pouvait nous arriver car nous sommes atteignables, explique la fondatrice. Tous les autres sont bloqués à l’extérieur du pays, mais nous sommes disponibles.»

M. A.