Deux formules résument bien la posture de celui qui apparaît le mieux placé pour remporter dimanche 29 janvier le second tour de la primaire «citoyenne» organisée par le Parti socialiste français.

Face à l’ancien premier ministre Manuel Valls, dont presque toutes les interventions ont été conclues par le mot «crédibilité», Benoît Hamon a redit qu’il comptait incarner une gauche pour un «futur désirable» et une «société bienveillante». France qui rêve contre France qui gère.

Un clivage générationnel

Le décalage cultivé par le vainqueur surprise du premier tour (36,5% contre 31%) a vite été confirmé. Plus d’assistance à travers le revenu universel d’existence (d’abord réservé aux jeunes) dont il a maintenu le flou sur le chiffrage budgétaire. Plus d’écologie. Plus de culture. Et le choix délibéré d’une orientation politique en faveur des jeunes générations et des plus précaires: «Les rêves que vous avez financés sont ceux de ceux qui avaient déjà beaucoup», a asséné Benoît Hamon à l’ex-chef de gouvernement, accusant le quinquennat sortant d’avoir fait le jeu des couches les plus aisées de la population.

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Au-delà de cette différence de fond, le clivage entre un Manuel Valls désireux de «ne pas faire d’idéologie en matière d’économie» et un Benoît Hamon avant tout préoccupé d’offrir aux Français «un nouveau pilier de la sécurité sociale», a surtout été générationnel. Malgré leur faible différence d’âge (54 ans pour Valls, 49 pour Hamon), les deux hommes sont apparus porteurs de deux projets opposés.

Au premier, les yeux rivés sur ses fiches, le choix de la réalité qu’il convient «d’assumer». Au second, le défilé des idées pour une France plus solidaire et capable de s’affranchir des contraintes économiques. «On négocie avec les banquiers, pas avec la nature», a joliment déclaré Benoît Hamon. Une phrase qui n’est pas sans rappeler la diatribe de François Hollande contre «la finance, cet ennemi» lors de son fameux discours du Bourget il y a tout juste cinq ans, fin janvier 2012.

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Que retenir dès lors, en quelques mots, avant le vote du second tour, dont l’enjeu sera à nouveau la mobilisation des électeurs? 1,6 million de votants se sont déplacés dimanche dernier selon le Parti socialiste, qui a multiplié les erreurs et les «bugs» lors du dépouillement. Première analyse.


Benoît Hamon: contre «l’ordre ancien»

Note: 8/10

La force de ce candidat inattendu, vétéran des arcanes du Parti socialiste, est d’apparaître comme un homme neuf et audacieux. Il s’y est employé avec talent devant les caméras. Pédagogue, profitant du temps de discussion plus long pour exposer ses idées, lestées de formules bien ciselées. Leitmotiv: une France qui protège ses citoyens différemment. Et une France qui, surtout, écoute ses jeunes et ses catégories éduquées frappées par la précarité liée au chômage. La volonté d’authenticité prime sur la faisabilité. Le secteur privé et le monde des entreprises sont ignorés. La capacité d’infléchissement de l’Europe communautaire est idéalisée.

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Benoît Hamon fait des progrès très rapides dans le registre d’une gauche imaginative qui écoute et assiste. Pour la première fois, il a semblé mercredi soir capable de rivaliser, à l’aise dans son registre (humilité, pédagogie, sérénité, sympathie) avec celui qui sera son adversaire direct à gauche: Jean-Luc Mélenchon. Il s’est même permis de noter son accord sur l’économie numérique avec Emmanuel Macron. Bien joué. Bien positionné. Mais toujours peu «présidentiel».


Manuel Valls: Pour «la fiche de paye»

Note: 6/10

L’ancien premier ministre devait bousculer son adversaire et le pousser dans les cordes. Il lui fallait, durant ce débat, démontrer que Benoît Hamon est un rêveur sympathique, mais dangereux car incapable d’exercer des pouvoirs régaliens, surtout dans la période actuelle tourmentée sur le front de la sécurité. Cette tactique n’a pas fonctionné parce que Manuel Valls s’est aussi efforcé de lutter contre lui-même, évitant d’apparaître cassant, dur, trop «clivant».

La difficulté majeure, pour celui qui aura de la peine à l’emporter dimanche compte tenu du report des voix à la gauche du PS, était d’apparaître capable de rassembler et d’innover au-delà de la fierté de ce qui a été fait depuis 2012. Fait significatif: cette fois, Manuel Valls n’a pas cité une seule fois le nom de François Hollande. Il s’est donc présenté moins sur le bilan de la présidence écoulée que sur sa personnalité. Avec la volonté de «dire la vérité».

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Problème: aucune de ces propositions n’est apparue singulière, originale, disruptive. Manuel Valls s’est présenté comme le candidat des acquis et de la «fiche de paye». Mais qui, à gauche en France, peut encore croire à sa version de «la société du travail»? Et où se trouvent ses réserves de voix? Préférant parler d’espoir plutôt que désir, l’ex-premier ministre demeure bien à la peine pour susciter ce qui fait aussi le cœur d’une élection à la présidence de la République en France: de l’envie.