Sept mois après le déroutage spectaculaire sur Minsk, le 23 mai, d’un vol reliant Athènes à Vilnius par un avion de chasse biélorusse, la justice fédérale à New York a inculpé quatre Biélorusses pour «complot en vue de perpétrer un acte de piraterie». Une décision judiciaire sans précédent en pleine tension entre les Etats-Unis et la Russie, alliée de la Biélorussie. 

A bord du vol Ryanair 4978 se trouvaient «quatre ressortissants américains et plus d’une centaine d’autres passagers», précisent les procureurs de Manhattan. Epaulés par le FBI et la police de New York (NYPD), ils accusent dans un communiqué commun «les responsables gouvernementaux biélorusses Leonid Mikalaevich Churo, Oleg Kazyuchits», et deux autres, aux identités incomplète ou inconnue «d’avoir participé de manière centrale au complot». Les quatre hommes résident biélorusses et sont donc considérés «en fuite». Mikalaevich Churo et Oleg Kazyuchits sont respectivement directeur et directeur adjoint de l’aviation civile biélorusse. Les deux autres sont des officiers des services de la sûreté d’Etat de la Biélorussie.

«Complot scandaleux» 

Le procureur fédéral de Manhattan Damian Williams s’est engagé à faire juger «ceux qui ont participé à ce complot scandaleux en vue de commettre un acte de piraterie». Il a dénoncé une «violation des règles internationales et du droit pénal américain, mais aussi la mise en danger de quatre Américains et d’autres passagers innocents».

Le 23 mai 2021, le président biélorusse Alexandre Loukachenko avait soulevé un tollé international en dépêchant un avion de chasse pour intercepter le vol Ryanair FR4978. Prétextant de la présence d’une bombe à bord, le contrôle aérien biélorusse avait contraint l’appareil à atterrir à Minsk, afin d’arrêter au sol un journaliste dissident, Roman Protassevitch, et sa compagne Sofia Sapega, qui se trouvaient à bord.

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Dans leur communiqué, la justice fédérale et le FBI accusent les quatre responsables biélorusses d’avoir élaboré ce «projet de fausse alerte à la bombe». Pour son directeur adjoint Michael Driscoll, «le FBI et (ses) partenaires étrangers continueront de tenir pour responsables ceux dont les actes menacent directement la vie de nos ressortissants et qui mettent en péril la stabilité de notre sécurité nationale».

Plusieurs sanctions prononcées 

En juin dernier, tout juste un mois après le déroutage de l’avion, les pays occidentaux s’étaient coordonnés pour mettre la pression sur le président Loukachenko avec des sanctions individuelles et, première pour l’Union européenne, des sanctions économiques. L’UE, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada avaient ensemble décidé de punir des dizaines de personnalités et des entreprises liées au pouvoir à Minsk.

Ces premières inculpations jeudi par la justice américaine surviennent dans un contexte de tension internationale extrême entre Moscou, soutien de la Biélorussie, et Washington, à propos de l’Ukraine. Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a encore prévenu jeudi que la Russie, qui a massé des milliers de soldats à la frontière ukrainienne, prenait le risque de raviver le spectre de la Guerre froide, et l’a de nouveau menacée de représailles en cas d’incursion. Si Moscou nie tout projet d’invasion de l’Ukraine, le Kremlin insiste sur des garanties écrites pour sa sécurité, y compris sur la promesse que Kiev n’intégrera pas l’Otan.

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