La compagnie Yemenia, dont un A310 s’est écrasé mardi au large des Comores avec 153 passagers, est-elle une «compagnie poubelle»? C’est l’accusation lancée par les proches des victimes, qui ont dénoncé les conditions «déplorables» des vols opérés par Yemenia entre Sana’a, au Yémen, et Moroni, la capitale des Comores.

En 2007, l’avion accidenté, un Airbus A310, avait été inspecté par les autorités françaises, qui avaient repéré «un certain nombre de problèmes», selon la Direction générale de l’aviation civile. Il s’agissait notamment, selon le secrétaire d’Etat aux transports Dominique Busserau, de gilets de sauvetage manquants. L’avion n’est plus revenu en France, mais continuait à faire la navette entre Sana’a et Moroni.

Mais les proches des victimes, interrogés à Paris par la chaîne d’information continue LCI, lancent des accusations plus graves. Lors de leur transfert à Sana’a, les passagers venus de France sont mis dans des «avions poubelle», des «cercueils volants», accuse Nassardine Haïdari, adjoint au maire de Marseille et représentant de la communauté comorienne.

«Ils changent [l’avion], ils nous mettent dans des épaves, ils nous mettent dans des cercueils», a ajouté un proche des victimes interrogé à Paris par LCI.

L’association «SOS voyages aux Comores» affirme avoir signalé plusieurs incidents graves sur des vols Yemenia. En septembre 2008, les Comoriens de Marseille avaient manifesté contre le «tabassage» de certains passagers. Mardi, la compagnie n’a pas répondu à ces accusations, et son site internet était en panne.

Quant au constructeur Airbus, il a réagi mardi à la série noire qui frappe ses avions, en dépêchant une équipe de spécialistes aux Comores. Selon Airbus, l’avion de Yemenia était un appareil ancien, construit en 1990 et utilisé par la compagnie yéménite depuis 1999. Il avait effectué 17’300 vols et comptait 51’900 heures de service. Il y a actuellement 214 appareils A310 en opération dans le monde. L’avion, qui peut emporter 220 passagers, a commencé sa carrière opérationnelle en 1985.

Les accidents des vols AF447 et IY626 sont donc très différents. Yemenia est considérée comme une compagnie mois sûre qu’Air France (elle est classée C, sous réserve, dans le classement Securvol, contre B pour Air France), son avion était plus vieux et il volait plus bas, alors qu’il s’apprêtait à atterrir. Principal point commun entre les deux événements: aux Comores aussi, le temps était exécrable.