Avocat tué au Pakistan suite à la traque de Ben Laden

Asie du Sud L’homme de loi avait défendu un médecin compromis avec la CIA

Il est mort pour avoir exercé son métier d’avocat. Samiullah Afridi a été assassiné mardi près de la ville pakistanaise de Peshawar pour avoir osé défendre pendant quelque temps l’une des bêtes noires des djihadistes de son pays: le médecin Shakeel Afridi, poursuivi en justice pour avoir participé à la grande traque menée par les Etats-Unis contre Oussama ben Laden en 2011.

La CIA pensait à l’époque avoir localisé Oussama ben Laden dans la ville d’Abbottabad. Mais elle n’en était pas certaine. Pas assez en tout cas pour que l’armée américaine lance une opération de neutralisation du chef d’Al-Qaida. L’agence s’évertuait par conséquent à accumuler les indices sur le personnage qu’elle avait repéré.

Dans ce cadre, un agent américain connu sous le pseudonyme de Peter a contacté Shakeel Afridi, alors médecin responsable de l’Agence de Khyber, une subdivision administrative des zones tribales pakistanaises, pour le charger d’une mission extrêmement sensible: organiser une fausse campagne de vaccination contre l’hépatite B et, sous ce prétexte, approcher les enfants de l’inconnu, soutirer leur ADN et le comparer avec celui d’une sœur du chef terroriste, décédée l’année précédente aux Etats-Unis.

Shakeel Afridi a employé les grands moyens pour parvenir à ses fins. Il a chargé des professionnels de la santé d’entamer sa campagne de vaccination dans le quartier pauvre de Nawa Sher afin de lui donner de la crédibilité. Puis il les a envoyés dans celui, plus chic, de Bilal Town, où résidait le supposé terroriste. L’une de ses infirmières, Mukhtar Bibi, est parvenue à entrer dans la propriété visée et à rencontrer certains de ses occupants, sans que l’on sache si elle a réussi ou non à prélever l’ADN des enfants présents.

Haute trahison

Dans tous les cas, les Etats-Unis ont rassemblé suffisamment d’indices pour lancer leur raid et tuer Oussama ben Laden, au grand dam du Pakistan. Shakeel Afridi a été arrêté une vingtaine de jours plus tard pour haute trahison et condamné à 33 ans de prison pour liens avec un groupe armé.

Le médecin a alors été défendu par son presque homonyme Samiullah Afridi. Mais l’avocat n’a pas tenu longtemps. Sa famille menacée de mort, il a fini par abandonner son client et par fuir son pays pendant quelque temps, avant d’y revenir dans l’espoir que le danger s’était dissipé. Tel n’était pas le cas. Une faction des talibans pakistanais et le groupe djihadiste Jundullah ont revendiqué l’assassinat. L’un de leurs porte-parole a ajouté que tous les avocats qui se mêleraient de défendre le médecin subiront le même sort.