Il y a un peu plus d’un mois, Shafiq Ahmed se faisait enlever, pour la deuxième fois, devant son domicile au Pakistan. Depuis, l’avocat défenseur des droits humains reste introuvable. Il avait déjà été kidnappé et gravement torturé. Il avait été retrouvé en mars dernier au bord d’une route puis hospitalisé pendant plusieurs mois.

La dixième Journée mondiale de l’avocat en danger, ce 24 janvier, est dédiée au Pakistan. Une pétition est d’ailleurs lancée par la Coalition pour les avocats en danger, demandant aux autorités d’Islamabad de retrouver Shafiq Ahmed et de poursuivre les malfaiteurs. Dans ce pays, son cas n’est pas isolé. Selon l’Observatoire mondial des droits de la défense et des violations des droits des avocats, ils seraient une centaine à avoir été assassinés en raison de leur profession depuis 2007.

Menaces et pressions

A Genève, comme à son habitude, la Commission des droits de l’homme de l’Ordre des avocats se mobilise pour cette journée mondiale. «Elle a pour but de rappeler que la profession d’avocat dans nombre de pays comporte des risques importants», précise sa présidente, Sandrine Giroud. Le 24 janvier n’a pas été choisi au hasard puisqu’il s’agit de la date anniversaire de l’attentat de la rue d’Atocha à Madrid. En 1977, quatre avocats, membres du Parti communiste espagnol et défenseurs des droits sociaux, ont été assassinés par des activistes d’extrême droite.

Défense et accusé dans le même panier

Au Pakistan, les avocats sont la cible de «la justice de la rue» lorsqu’ils prennent des affaires considérées comme sensibles, telles que celles liées au terrorisme, à la défense des minorités ethniques, des droits humains ou encore au blasphème. Menaces, pressions, enlèvement, emprisonnement, tortures et assassinats sont le quotidien auquel ils s’exposent. «L’avocat est souvent assimilé à la personne dont il assure la défense, indique Sandrine Giroud. Il s’agit d’un amalgame parfois fatal qui ignore le rôle fondamental des avocats dans le processus judiciaire.»

C’est le cas du Pakistanais Saif ul-Malook, qui a défendu en 2010 Asia Bibi, une Pakistanaise chrétienne, accusée de blasphème et risquant la peine de mort par pendaison. Finalement acquittée en 2018, après avoir passé huit ans dans les couloirs de la mort, Asia Bibi a dû s’exiler au Canada et Saif ul-Malook aux Pays-Bas. «L’Etat pakistanais ne prend pas de mesures suffisantes pour protéger ses avocats», affirme la présidente. Actuellement, il s’avère de plus en plus difficile d’en trouver qui acceptent de défendre ce type de dossier tant leur sécurité est mise en péril.

Des solutions existent

Pour les protéger, Sandrine Giroud conçoit deux manières d’agir: «Premièrement, en alertant la communauté internationale: concrètement, lorsque nous dénonçons la situation d’un avocat menacé, nous contribuons à sa protection, voire à sa libération. Deuxièmement, en lui proposant notre réseau d’entraide lors de sa demande d’asile s’il fuit son pays.» L’enlèvement de Shafiq Ahmed a poussé les organisateurs à mettre le Pakistan sur les devants de la scène. «Nous aurions pu retenir un autre Etat où la situation des avocats est tout aussi mauvaise. Je pense par exemple à certains pays du Golfe, d’Afrique du Nord ou d’Amérique latine», explique la présidente. Il reste donc l’embarras du choix pour les prochaines éditions.

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