Brésil

Les avocats de Lula débarquent à Genève

Les défenseurs de l’ancien président brésilien ont organisé une conférence à Genève pour alerter sur ses conditions de détention et dénoncer la porosité de la juridiction brésilienne

«Lula poursuit le combat!» C’est avec cette phrase, martelée lors de leurs prises de parole, que les avocats de l’ancien président brésilien résument ce qu’il advient de leur client. Geoffrey Robertson, avocat britannique spécialisé dans les droits de l’homme, et Valeska Teixeira Zanin Martins, membre de l’équipe rapprochée de la défense, ont présenté mardi à Genève l’avancement de son procès.

Alors que leur client a été condamné à 12 ans d’emprisonnement pour corruption passive et blanchiment d’argent, ils alertent sur ses conditions de détention et soulignent sa détermination sans faille. Cette conférence s’est tenue après que le Comité des droits de l’homme de l’ONU a rejeté en mai dernier une demande de Lula, qui réclamait une action urgente contre son emprisonnement.

Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, s’est rendu à la police en avril dernier suite à la demande du juge Sergio Moro. Ce dernier, chargé de l’enquête sur les détournements d’argent opérés autour du groupe pétrolier Petrobras, est également le magistrat qui siège à la tête des différents procès contre l’ancien président. Une position dans laquelle il est à la fois juge et partie et qui est dénoncée par les avocats de la défense.

Comptes gelés

«On accuse Lula d’avoir reçu un appartement en cadeau en 2014, alors que nous avons pu prouver dès le premier procès qu’il n’y a aucun élément de preuve. Il n’y a jamais vécu ou même seulement mis les pieds», explique Valeska Teixeira Zanin Martins. Son homologue ajoute: «Le juge Moro n’a pas trouvé ne serait-ce qu’un centime non déclaré. Et pourtant, Lula a été emprisonné avant que le jugement de son procès en appel ne soit rendu.»

Pour les avocats de l’ancien président, ce procès est extraordinaire. «Dans quel autre pays voit-on un juge enregistrer les communications téléphoniques des avocats et de la famille de l’accusé et les remettre aux médias?» s’interroge Geoffrey Robertson.

Depuis son incarcération, Lula a vu ses comptes bancaires gelés. Une situation problématique pour ses avocats étant donné son état de santé – l’ancien président est atteint d’un cancer du larynx. «Il a besoin de prendre l’air plus d’une heure par jour et d’être suivi régulièrement. Même son assurance maladie lui a été retirée. Heureusement qu’il a celle de sa famille», raconte l’avocate brésilienne. Convaincus de l’innocence de leur client, les avocats ont choisi de le représenter pro bono, soit gratuitement.

Favori dans les sondages

Pour Geoffrey Robertson, ses fonds ont été bloqués pour «l’empêcher de financer sa campagne électorale. Déjà qu’il ne peut pas voir ses amis politiciens sans être soupçonné de réunion ou bien répondre aux interviews demandées par les médias! Il n’a le droit de voir que ses avocats, sa famille et deux amis. Et une fois par semaine seulement.»

Au Brésil, la prochaine élection présidentielle aura lieu au mois d’octobre. Annoncé comme le candidat favori dans les sondages, Lula pourra-t-il se présenter? «Légalement, rien ne l’en empêche, explique l’avocat britannique. Il se battra jusqu’au bout. Le plus important pour lui est de faire valoir son innocence aux yeux des Brésiliens et du monde.»

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