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Ce qui choque principalement de nombreux Catalans, c’est la disproportion entre les faits reprochés et les sanctions judiciaires, derrière lesquelles se dissimule le chef du gouvernement, Mariano Rajoy.
© Jens Schlueter

Séparatisme

«Nous avons face à nous un Etat brutal, qui place l’unité de l’Espagne au-dessus de tout»

L’arrestation de Carles Puigdemont, après celle de nombreux leaders indépendantistes, irrite de nombreux Catalans, qui dénoncent le caractère disproportionné de la répression

Ses yeux sont injectés d’une colère brûlante. Ce jeune ouvrier préférant garder l’anonymat explose: «Contre l’Etat espagnol oppresseur, il faut monter des barricades, sans bien sûr attenter à la vie de personne.» Pour cet indépendantiste de la première heure, l’Espagne est une dictature qui ignore la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire.

Dimanche après-midi, peu après l’arrestation en Allemagne de l’ancien chef de l’exécutif régional Carles Puigdemont, l’homme s’est précipité dans la rue. La rage au ventre, lui et des centaines d’autres militants se sont plantés devant la délégation espagnole. Là, des confrontations ont eu lieu avec des policiers, faisant 37 blessés et donnant lieu à trois interpellations. Dans une petite rue du quartier barcelonais de Gracia, il raconte: «Les agents ont lancé leur fourgonnette contre nous, ils ont tiré avec leurs balles en caoutchouc… Tout cela contre un peuple qui demande à obtenir sa liberté! Si ce n’est pas un Etat policier, qu’est-ce que c’est?»

Révolte et tristesse

Ce militant radical est loin de représenter la majorité des séparatistes catalans, qui ne constituent eux-mêmes qu’une moitié des 7,5 millions d’habitants de la province. Mais, depuis la détention de leur chef de file Carles Puigdemont, beaucoup ressentent un mélange de révolte et de tristesse. A l’instar du placide musicien Francesc Muñoz, la soixantaine, qui, sur la place de Catalogne à Barcelone, vend des drapeaux catalans. «Nous avons toujours été un peuple tranquille et de consensus, assure-t-il. Mais en face, nous avons un Etat brutal, qui place l’unité de l’Espagne au-dessus de tout. Si les Etats européens continuent de soutenir l’Espagne, je préfère aussi me passer de l’Europe.»

Une grande quantité de Catalans sont sur des charbons ardents. «Beaucoup ressentent de la douleur et de l’indignation face aux manœuvres judiciaires espagnoles, même ceux qui n’approuvent pas forcément la stratégie jusqu’au-boutiste des indépendantistes», estime le chroniqueur Jordi Juan.

Lire aussi: Avec l’arrestation de Carles Puigdemont, l’Allemagne hérite d’un dossier encombrant

Outre l’interpellation de Carles Puigdemont, le juge du tribunal suprême Pablo Llarena a accusé formellement vendredi 25 leaders indépendantistes, dont 12 pour «rébellion», l’une des pires charges du Code pénal espagnol, synonyme de 30 ans de prison. Ce même jour, le magistrat a lancé des mandats d’arrêts et envoyé en prison cinq personnalités sécessionnistes. Marta Rovira, la secrétaire générale d’Esquerra, l’un des deux grands partis séparatistes, a préféré se réfugier à Genève pour éviter la prison, comme l’avait déjà fait Anna Gabriel, du mouvement anticapitaliste et séparatiste CUP, elle aussi poursuivie par le tribunal suprême de Madrid.

Dissidents non violents

Ce qui choque principalement de nombreux Catalans, c’est la disproportion entre les faits reprochés et les sanctions judiciaires, derrière lesquelles se dissimule le chef du gouvernement, Mariano Rajoy. «A l’heure actuelle, il y a environ 900 procédures lancées contre des catalanistes, proteste Mireia Boya, une des trois têtes visibles de la CUP. C’est une atteinte massive aux droits de l’homme.»

«Ce qui est gravissime, c’est qu’une prétendue démocratie de l’Union européenne veuille juger des hommes politiques pour rébellion, alors même qu’il n’y a pas eu d’actes de violence de la part des dissidents. La justice ici ne tient pas compte du droit international», confie en privé Elisenda Paluzie, la toute nouvelle présidente de l’Assemblée nationale de Catalogne (ANC), un mouvement citoyen sécessionniste à l’origine de la plupart des protestations de rue. Cette professeure d’économie à l’Université de Barcelone est consciente des risques qu’elle prend: son prédécesseur Jordi Sanchez est en détention préventive depuis cinq mois dans une prison madrilène. «Un leader associatif accusé de rébellion, qui risque 30 ans de réclusion, soit 10 ans de plus que pour un assassinat, s’insurge-t-elle. La justice espagnole marche sur la tête!»

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