Fondateur et aujourd’hui membre du conseil de surveillance de Trafigura, Eric de Turckheim est satisfait de l’accord signé dimanche. «Il y a encore deux mois, le cabinet Leigh Day & Co réclamait entre 100 et 150 millions de dollars à tire d’indemnités. La somme totale fixée par l’accord, moins de 50 millions, montre que ses revendications s’effondraient suite aux conclusions des experts indépendants. Le plus important pour nous était de montrer qu’il n’y a pas de lien de causalité entre les déchets du Probo Koala et les problèmes graves de santé constatés à Abidjan.»

Eric de Turckheim est «scandalisé» par le rapport de l’ONU présenté la semaine dernière. «Son auteur, que nous avons rencontré deux fois et à qui nous avons proposé tous les documents à notre disposition, dont l’étude environnementale réalisée par la société WSP, n’en a tenu aucun compte. Et que dire du fait que deux personnes de notre société ont été emprisonnées pendant cinq mois, sans inculpation? N’est-ce pas aussi un problème de droits de l’homme?»

Eric de Turckheim met là le doigt sur ce qui est peut-être le vrai scandale du Probo Koala: l’attitude des autorités ivoiriennes. Des enquêtes publiées en 2006, il ressort qu’une chaîne de complicités officielles a probablement permis le déchargement illégal des déchets. Le port d’Abidjan – source importante de revenus – rend ses comptes directement au sommet de l’Etat.

L’accord signé en 2007 entre Trafigura et le gouvernement ivoirien comprenait le versement de plus de 200 millions de francs suisses au Trésor, notamment pour construire une usine d’incinération des ordures, contribuant à résoudre un problème gravissime à Abidjan. «A notre connaissance, rien n’a été entrepris», dit Eric de Turckheim. Quant aux indemnisations des victimes prélevées sur cette somme, elles ont souvent été dénoncées comme modiques et arbitraires.

Que sont devenus les 200 millions versés au gouvernement ivoirien? Le Temps a posé la question au rapporteur de l’ONU, qui était incapable d’y répondre. Eric de Turckheim ne le sait pas davantage. Aucun organe indépendant n’a contrôlé l’utilisation de ces fonds.