Portrait

Axelle Tessandier, une citoyenne en marche

Agée de 36 ans, cette entrepreneuse défend le projet d’Emmanuel Macron sur le terrain. Une personnalité de la société civile devenue déléguée nationale du mouvement En marche!

Elle prend une chaise au hasard et s’installe près du pupitre réservé aux conférences de presse. «Je navigue, je n’ai pas de bureau attitré», sourit Axelle Tessandier. La jeune femme de 36 ans ne s’attarde jamais au siège de la campagne d’Emmanuel Macron, une «ruche qui grouille» dans un immeuble du XVe arrondissement de Paris.

Sa mission: prêcher la bonne parole dans toute la France. «Je rencontre les adhérents, je défends le programme et représente Emmanuel Macron dans des réunions publiques», liste-t-elle. Un agenda bien rempli jusqu’au second tour de la présidentielle. Depuis quelques mois, elle a pris une place de plus en plus importante dans la campagne. Au point d’être nommée déléguée nationale du mouvement En marche! en octobre 2016.

Signal démocratique

Repérée lors d’un débat organisé par Les Jeunes avec Macron, cette entrepreneuse prend désormais régulièrement la parole lors des meetings. Comme à la Mutualité, en juillet 2016, lors du premier grand rassemblement d’Emmanuel Macron. Ce jour-là, elle officialise son engagement politique et raconte son parcours d’experte du numérique à la manière d’une conférence TEDx. Le public est conquis par son énergie. «Je pense que mon profil correspond à l’ADN d’En marche!», se réjouit-elle. Pour cette première prise de parole, personne ne relit son texte et Emmanuel Macron vient la remercier en personne. Joachim Forget, représentant d’En marche! en Suisse, a fait sa connaissance à cette occasion. «Elle plaît beaucoup à la jeune génération, elle s’est imposée comme un modèle pour eux», assure ce radiologue français qui exerce au CHUV, à Lausanne.

Le 23 avril dernier, Emmanuel Macron se qualifie pour le second tour de la présidentielle mais il se fait désirer. Axelle Tessandier est alors chargée de faire patienter des militants surchauffés dans un hall du Parc des expositions de la Porte de Versailles. «Personne ne croyait en la victoire au lancement du mouvement. On est finalement arrivés devant le Front national au premier tour, c’est un signal démocratique fort», affirme-t-elle. La montée du parti d’extrême droite a été l’un des moteurs de son engagement: «En 2002, j’ai manifesté contre Jean-Marie Le Pen. Sa victoire au premier tour, c’était un coup de tonnerre. Cet événement a construit ma vision politique.» De là à s’engager en politique? Cette envie s’est cristallisée bien plus tard. «Ma vie a énormément changé», assure désormais celle qui a mis son activité professionnelle entre parenthèses pour se consacrer à la campagne.

Technologies, yoga et pauvreté

Après des études d’audiovisuel à la Sorbonne et un passage à Berlin pour un programme d’innovation autour du «futur du travail pour la génération numérique», cette brune au regard pétillant a posé ses valises aux Etats-Unis. Sur son blog, elle a raconté son quotidien à San Francisco avant d’être repérée en 2011 par Scoop.it. Elle a été nommée directrice marketing de la jeune plateforme en ligne. Deux ans plus tard, elle a monté son entreprise de conseil dans les nouvelles technologies, AXL Agency. Une vie rêvée, au cœur de la Silicon Valley. «J’étais une espèce de caricature de cet univers. Je suis très geek, je fais du yoga et suis végétarienne», plaisante-t-elle.

Mais San Francisco est aussi une terre d’inégalités. Un jour, elle assiste à une conférence de Google sur l’immortalité; en sortant de la salle, la pauvreté lui saute aux yeux. Cette «proximité entre deux mondes» agit comme un déclic. Après six ans aux Etats-Unis, elle décide de faire ses cartons et de rentrer en France début 2016. «Je me sentais loin de mon pays», confie-t-elle. Elevée dans le XVIe arrondissement de Paris, elle est la fille d’une chef d’entreprise et d’un industriel autrefois actionnaire des chantiers navals du Havre. «On parlait de politique à table mais, aujourd’hui, ma famille hallucine. Mon engagement politique a pris une grande place dans ma vie.»

Destruction créatrice

La jeune femme a toujours voté pour des personnes: Sarkozy, Bayrou, Taubira… La raison? Elle ne se reconnaît pas dans les partis traditionnels. Après la défaite du Parti socialiste et des Républicains au premier tour, elle se dit «fascinée par leur incapacité à identifier les causes du mal». Avant d’ajouter, amusée: «Il faudrait qu’ils soient dans la destruction créatrice!» Le besoin de «renouveau» martelé par Emmanuel Macron est une idée qu’elle porte avec un enthousiasme certain. «Innover, c’est miser sur des gens avec des parcours différents. Je rêve que les politiques soient à l’image de la France d’aujourd’hui», dit-elle. Parmi ses modèles? Steve Jobs, parce qu’«il invite à tout questionner, à tout réinventer».

«Axelle Tessandier inspire bon nombre de gens du mouvement. Je pense que, dans le futur, Emmanuel Macron aura à cœur de la garder proche de lui», assure Thibault Caizergues, le directeur de création d’En marche!, au journal Le Monde. Alors pourrait-elle rejoindre la garde rapprochée d’Emmanuel Macron s’il accédait à l’Elysée? Dans les médias, on l’imagine déjà dans son gouvernement, comme ministre chargée de l’innovation et de l’économie numérique par exemple. L’hypothèse l’amuse, mais elle ne se projette pas. Pour l’heure, son engagement est bénévole. «Je ne me vois pas comme une politique, je suis une citoyenne.»


Profil

1981 22 mars, naissance à Paris.

2005 Diplômée en droit de l'University College de Londres et de La Sorbonne.

2011 Nommée directrice marketing de Scoop.it, plateforme française de curation de contenus.

2013 Elle fonde son agence de conseils AXL Agency.

2015 Kickstarter lui confie son lancement en France.

2016 En juillet, elle lance le meeting à la Mutualité d'En Marche! en octobre, elle est nommée déléguée nationale du mouvement.

Dossier
La France en campagne

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