(Paris) Le rituel de passation des pouvoirs à Matignon à peine achevé entre François Fillon et le nouveau premier ministre Jean-Marc Ayrault, à 10 heures mercredi matin, que la nouvelle a été confirmée: Martine Aubry, la patronne du PS, ne fera pas partie du gouvernement, selon le monde.fr et l’AFP.

Pressentie comme cheffe de l’exécutif, puis donnée par les bruits de couloir à la tête d’un grand pôle de l’éducation, de la jeunesse et de la culture, la maire de Lille a décliné. Pour Martine Aubry, ancienne numéro 2 du gouvernement Jospin, c’était Matignon ou rien. A la tête du parti, elle se chargera de mener la bataille des élections législatives du mois de juin.

Entre la patronne du PS ou Jean-Marc Ayrault, François Hollande a préféré le Nantais, avec qui il s’entend bien et qui rassure les centristes. Les relations que le nouveau président entretient avec Martine Aubry sont plus compliquée, parfois orageuses. Durant la primaire socialiste, la fille de Jacques Delors n’a pas retenu ses attaques contre son adversaire. Elle est l’auteur de la formule devenue célèbre et largement reprise par la droite, «quand y a un flou, y a un loup». Et la dame des 35 heures ne croyait pas au contrat de génération prôné par le nouveau président, qui vise à favoriser l’emploi des jeunes et des seniors dans les entreprises. La maire de Lille avait encore violemment critiqué la gestion de François Hollande lorsqu’il était premier secrétaire du parti. Elle lui a succédé en 2008.

Après la primaire, qu’elle a terminé en deuxième position, Martine Aubry s’est pourtant rangée avec panache et loyauté derrière François Hollande. La Lilloise a mené campagne pour lui, évitant toute désunion entre les tenants de la ligne sociale-démocrate et la gauche du parti, qu’elle incarne. La patronne du PS aurait d’ailleurs eu plus de chances pour Matignon si le Front de gauche avait obtenu de meilleurs résultats au premier tour de la présidentielle.

En début de matinée, le maire de Dijon, sénateur et président du groupe à la Chambre haute, François Rebsamen a également annoncé qu’il n’entrerait pas à l’exécutif, préférant se concentrer sur ses deux mandats. Les nouveaux ministres devraient en effet quitter leurs fonctions électives, car le cumul des mandats ne sera plus possible. Le nouveau premier ministre va ainsi démissionner de ses postes de maire de Nantes et de député à l’Assemblée nationale.

Jean-Marc Ayrault, entré en fonction dans la matinée à l’issue d’une courte passation des pouvoirs, va passer sa journée à peaufiner la composition du gouvernement, une subtile équation répondant à de nombreux critères en sus des compétences. Le gouvernement devrait être composé d’autant de femmes que d’hommes, comprendre des représentant(e) s des minorités, mélanger les nouveaux visages et les dirigeants expérimentés, intégrer des alliés comme les écologistes ou les radicaux de gauche.

L’exécutif sera constitué à la fin de la journée, a annoncé Jean-Marc Ayrault à 11 h 30, avant de quitter Matignon pour l’Elysée, afin de faire ses premières propositions à François Hollande. «L’essentiel est de se mettre très vite au travail au service des Français», a-t-il déclaré «ému et fier», annonçant un premier Conseil des ministres jeudi.