Quand Bachar el-Assad devient fréquentable

L’histoire

Longtemps infréquentable, le président syrien Bachar el-Assad peut se réjouir. Le péril de l’Etat islamique, que ses troupes évitent soigneusement, lui offre l’occasion de revenir dans le jeu diplomatique. Lorsqu’un visiteur étranger fait le chemin de Damas, pas question de laisser passer l’aubaine. La semaine dernière, le président a ainsi reçu pendant cinquante minutes Martin Chungong, secrétaire général de l’Union interparlementaire. L’UIP? L’une des plus vieilles organisations internationales basées à Genève. Ni la plus connue, ni la plus influente.

Le maître de Damas était apparemment moins pressé que ses visiteurs, qui ont aussi rencontré des parlementaires ainsi que l’opposition en exil. «Nous ne sommes pas venus en Syrie pour légitimer le régime», se justifie Martin Chungong. Les médias officiels ont abondamment relayé cette visite, rapportant les propos du secrétaire général de l’UIP contre le «terrorisme».

Mais pourquoi être allé se fourrer dans un tel guêpier? «L’UIP veut renforcer le parlement syrien. Si le pays avait eu un parlement représentatif qui fonctionnait, nous n’en serions pas là, argumente le Camerounais. On ne peut pas dire que c’est une enceinte légitime, mais il faut bien commencer quelque part et le parlement peut servir de forum pour la réconciliation.»

Le secrétaire général de l’UIP appelle même la communauté internationale à soutenir les prochaines élections législatives en Syrie, fixées en juin 2016. N’ayant pu se tenir que dans les zones contrôlées par le régime, le scrutin présidentiel de l’an dernier avait tourné au plébiscite pour le président. «On ne peut pas reprocher au régime le fait que des groupes extrémistes empêchent les électeurs de voter», objecte Martin Chungong. Alors que les diplomates occidentaux usent de mille circonvolutions pour masquer leur renoncement à réclamer le départ du président syrien, la conclusion du Camerounais a le mérite de la franchise: «Bachar el-Assad fait partie de la solution. La communauté internationale a longtemps pensé le contraire, mais les mentalités changent. Le président a résisté pendant quatre ans et sa chute plongerait encore davantage le pays dans le chaos.» Pas de doute: le vent a tourné en Syrie.