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Des soldats syriens font le V de la victoire dans la province de Deraa, le 7 juillet 2018
© Sana via AP

Syrie

Bachar el-Assad écrase le berceau de la révolution

Le drapeau syrien flotte à nouveau sur la ville de Deraa, là où avait débuté le soulèvement en 2011. La reconquête des régions qui échappent encore au président Bachar el-Assad dépendra du bon vouloir des puissances régionales

C’est une nouvelle victoire du régime syrien, une de plus dans l’interminable guerre qui l’oppose à la rébellion armée. Pas la plus importante mais certainement l’une des plus symboliques. Les troupes de Bachar el-Assad ont hissé jeudi le drapeau syrien sur Deraa, dans le sud du pays, là où avait commencé le soulèvement contre le président il y a sept ans. Mais 40% du territoire syrien échappe encore au maître de Damas.

«Ton tour est venu, docteur»

La révolution syrienne a commencé à Deraa en février 2011 dans la foulée du Printemps arabe qui venait d’emporter le dictateur tunisien et fera tomber son homologue égyptien. «Ton tour est venu, docteur», graffent des gamins sur un mur de la ville, selon le récit des opposants au régime. Une allusion à Bachar el-Assad, qui se destinait à une carrière d’ophtalmologue avant de succéder à son père à la tête de la Syrie.

Les auteurs du graffiti sont arrêtés et torturés par les services de renseignement locaux. L’indignation monte. Les manifestations s’enchaînent, des protestataires tombent sous les balles du régime dès les premiers jours. Le mouvement s’étend à d’autres villes de Syrie, puis se militarise face à la répression impitoyable orchestrée par le pouvoir. A la fin de l’année 2012, les premières livraisons d’armes parviennent aux insurgés par la Jordanie, payées par les pays du Golfe avec le feu vert des Etats-Unis.

Ce soutien étranger ne sera toutefois jamais décisif. Dans les calculs occidentaux, le péril djihadiste va prendre inéluctablement le pas sur la volonté de remplacer Bachar el-Assad. Après avoir reconquis l’ensemble de la capitale ce printemps, l’armée syrienne et son allié russe ont lancé une vaste offensive début juin contre Deraa, pourtant garantie par Moscou comme une «zone de désescalade».

Catastrophe humanitaire

Cette reconquête, à coups de bombardements aveugles, a provoqué une énième catastrophe humanitaire. Plus de 200 000 personnes ont été déplacées, alors que la Jordanie et Israël, les deux pays limitrophes, leur ferment leurs frontières. Les rebelles ont annoncé leur capitulation et certains habitants pourraient rentrer chez eux. Tous ceux qui craignent les représailles du régime pourraient se rendre à Idlib, l’un des derniers bastions de la rébellion, dans le nord du pays, comme après la reconquête d’Alep, fin 2016, et ce printemps, les faubourgs de Damas.

Et ensuite? Les Syriens peuvent-ils espérer la fin de leur calvaire? «Le président syrien va tenter de reprendre les autres régions qui lui échappent. Mais s’il a pu reconquérir Deraa, c’est parce que la Jordanie et les Etats-Unis l’ont laissé faire», analyse Aron Lund, chercheur à la Century Foundation, think thank basé aux Etats-Unis.

Lire aussi: «L’aide aux Syriens, une garantie pour Israël»

En revanche, si Bachar el-Assad poursuit en direction du plateau du Golan, occupé par Israël, il se heurtera à l’Etat hébreu. L’armée israélienne a annoncé vendredi avoir abattu un second drone provenant de Syrie en une semaine. Sans pouvoir survoler la zone, l’armée syrienne aura de la peine à déloger les rebelles près du Golan. De même, si le président syrien lance ses troupes sur le nord, il risque de s’affronter à la Turquie. Constat identique dans le désert de l’est syrien, où des forces américaines luttent toujours contre l’Etat islamique.

Négociations de Genève dans l’impasse

«Bachar el-Assad va tester ces puissances et solliciter la médiation de la Russie pour obtenir leur feu vert», pronostique Aron Lund. Les présidents russe, Vladimir Poutine, et américain, Donald Trump, ont d’ailleurs rendez-vous lundi à Helsinki, où ils évoqueront la situation en Syrie. Quant au processus de paix, il est au point mort.

«Tant que les négociations de Genève insisteront sur une transition politique et le départ de Bachar el-Assad, elles seront condamnées à échouer. Même quand il était en position de faiblesse, Bachar el-Assad n’en a jamais voulu, c’est encore moins le cas aujourd’hui», poursuit Aron Lund. Moscou mène ses propres discussions, où il est question de réforme constitutionnelle mais avec le maintien du président syrien. «Faire avaler cette transition à la sauce russe aux Occidentaux n’est pas pour demain», poursuit le chercheur. Pendant ce temps, les combats se poursuivront.

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