S’exprimant devant le nouveau parlement sorti des urnes à l’occasion du scrutin législatif douteux du 7 mai dernier, Bachar el-Assad a réfuté toute responsabilité dans le massacre qui a fait 108 morts à Houla, au centre du pays, le 25 mai dernier. Au cours de cette allocution, la première à avoir été retransmise par la télévision syrienne depuis janvier, il a qualifié les auteurs de ce carnage qui a révulsé la communauté internationale de «monstres». Rébellion et Damas se renvoient la culpabilité de la tuerie. Vendredi à Genève, lors d’une session exceptionnelle consacrée au drame de Houla, les membres du Conseil des droits de l’homme ont pourtant clairement pointé la responsabilité du régime, à l’exception de la Russie, de la Chine et de Cuba (LT du 2.6.2012).

«Terrorisme»

Mais, fidèle au discours tenu depuis le début de la révolte en mars 2011, Bachar el-Assad, applaudi par ses députés, nie toujours que son régime soit l’instigateur de la violence dans laquelle s’abîme la Syrie. Il évoque ainsi «un plan de destruction», «une véritable guerre menée de l’étranger», et assimile le mouvement insurgé à du «terrorisme». «Il n’y aura pas de compromis dans la lutte contre le terrorisme. La sécurité de la nation est une ligne rouge», a-t-il martelé en prétendant avoir «essayé par tous les moyens politiques» d’enrayer la crise. D’après lui, certains des contestataires seraient «des chômeurs», «recevant de l’argent» pour participer aux manifestations. Ces affirmations n’ont guère trouvé d’écho à l’étranger. Pour l’Arabie saoudite, qui affirme soutenir «la création d’une zone tampon en Syrie», Bachar el-Assad continue de «manœuvrer pour gagner du temps» après avoir accepté en avril le plan de l’émissaire de l’ONU, Kofi Annan, et de la Ligue arabe. Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, a, lui, fustigé «une logique autocratique».

De son côté, Samir Nachar, l’un des représentants du Conseil national syrien, estime que la principale mouvance d’opposition, l’intervention télévisée ne reflète rien moins que la volonté du régime de «continuer à réprimer dans le sang et d’étouffer la révolte à tout prix». En quatorze mois, elle aurait causé la mort de plus de 13 000 personnes, des civils pour la plupart. Ces lundi et mardi à Saint-Pétersbourg, où se tient un sommet Russie-Union européenne, la Syrie mobilisera toujours les discussions.

Selon la porte-parole du Secrétariat d’Etat à l’économie, Marie Avet, citée par la NZZ am Sonntag, la Suisse a récemment bloqué 20 millions de francs supplémentaires appartenant à l’entourage de Bachar el-Assad. Au total, 70 millions d’avoirs syriens ont été gelés par Berne. (AFP)