Première capitale à réagir, Londres a estimé que le discours de Bachar el-Assad allait «au-delà de l’hypocrisie».

«Il est responsable des morts, de la violence et de l’oppression qui engloutissent la Syrie et ses vaines promesses de réformes ne trompent personne», a déclaré William Hague, le chef de la diplomatie britannique dans un message posté sur Twitter.

Dans sa première allocution en sept mois, Bachar el-Assad s’est montré inflexible, assurant encore une fois que le conflit qui a fait, selon l’ONU, plus de 60.000 morts, n’opposait pas le pouvoir et l’opposition mais «la patrie et ses ennemis» qui souhaitent la partition de la Syrie.

Depuis qu’a éclaté en mars 2011 une révolte populaire devenue guerre civile, Damas affirme combattre des «terroristes» armés et financés par l’étranger.

Devant un parterre de partisans réunis à la maison de la culture et des arts, Bachar el-Assad a appelé au dialogue.

Affirmant ne pas avoir trouvé jusqu’à présent de «partenaire» pour cela et refusant de négocier avec «des gangs qui prennent leurs ordres de l’étranger», il a proposé un plan en trois étapes.

Mais avant tout dialogue, les pays finançant les «terroristes» devront «s’engager à arrêter» et «les hommes armés» devront mettre fin à leurs «opérations terroristes», a-t-il précisé.

Ce n’est qu’une fois ces engagements pris, que l’armée cessera immédiatement ses opérations, «tout en conservant le droit de répliquer», a-t-il ajouté.

Dans ces conditions seulement s’ouvrira «une conférence de dialogue national, auquel participeront toutes les parties», a-t-il poursuivi. Cette conférence qui réunira «toutes les parties» devra rédiger une «Charte nationale» qui sera soumise à référendum, tandis qu’un nouveau Parlement et un nouveau gouvernement émergeront des urnes.

Toute transition doit «se faire selon les termes de la Constitution», a-t-il insisté, en faisant référence à des élections. Samedi le quotidien libanais pro-syrien Al-Akhbar affirmait que Bachar el-Assad voulait présenter un plan de sortie de crise stipulant qu’il pouvait être candidat à sa propre succession en 2014.

Mais l’opposition a aussitôt rejeté ce plan, dont aucune échéance n’est précisée, accusant le chef d’Etat de vouloir choisir ses interlocuteurs et de chercher à se maintenir au pouvoir.

Le porte-parole de la Coalition de l’opposition, Walid al-Bounni, a affirmé, par téléphone à l’AFP, que l’opposition souhaitait «une solution politique, mais l’objectif pour les Syriens est de sortir (M. Assad) et ils ont déjà perdu pour cela plus de 60.000 martyrs […] ils n’ont pas fait tous ces sacrifices pour permettre le maintien du régime tyrannique».

En début de matinée, le Premier ministre britannique David Cameron avait lui aussi appelé le président à quitter ses fonctions: «’Partez’: voilà mon message à Assad».

Applaudissements nourris

Le président syrien a été accueilli par des applaudissements nourris. «Par notre âme et par notre sang, nous nous sacrifierons pour toi», ont scandé quelques centaines de personnes réunies à la maison de la culture.

A la fin de son discours d’une heure, des dizaines d’entre elles se sont précipitées sur la scène pour tenter de le toucher.

Bachar el-Assad avait prononcé son dernier discours public le 3 juin devant le Parlement, et s’était depuis exprimé dans des médias turc puis russe, martelant à chaque fois que son pays faisait face «à une véritable guerre menée de l’étranger» et se posant comme un rempart contre le «terrorisme».

Le discours du président intervient alors que le ballet diplomatique semble s’intensifier depuis quelques semaines. Après une visite fin décembre à Damas, l’émissaire international pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, avait évoqué un plan prévoyant un cessez-le-feu, la formation d’un gouvernement aux pleins pouvoirs et des élections.

Et plusieurs rencontres ont eu lieu entre la Russie, grand allié du régime de Damas, et les Etats-Unis, qui réclament un départ d’Assad.

Ryad et Le Caire, deux poids-lourds du monde arabe hostiles au régime Assad, ont appelé à «une issue pacifique» dont les termes doivent être définis par les Syriens eux-mêmes. Le chef de la diplomatie d’Iran, allié de Damas, se rend le 9 janvier au Caire pour voir les Egyptiens et Lakhdar Brahimi.