Le mouvement de désobéissance civile grandit en Syrie. Chaque jour, des manifestations s’organisent dans les quatre coins du pays. Le vendredi, tout le monde se rassemble pour crier des slogans anti-Bachar el-Assad et rêver à une liberté possible en Syrie. Très souvent, ces rassemblements sont l’occasion de nouvelles violences de la part des autorités, de nouvelles familles pleurent leurs martyrs. Femmes, enfants, personne n’est épargné et les Syriens craignent que la situation n’empire encore.

«Asphyxiés à petit feu»

Depuis le début de la semaine, la plupart des magasins du pays sont restés fermés, les rues sont désertées, la vie fonctionne au ralenti. A l’appel de l’opposition, les habitants ont organisé une grève générale pour accentuer la pression sur le pouvoir qui continue de faire taire la contestation par la force.

«Avant, je croyais que j’étais le seul à ne pas aimer Bachar el-Assad, explique Ahmed. Mais ces derniers mois, j’ai réalisé qu’en fait, on avait tous trop peur pour parler. On ne veut plus de lui, pourquoi ne veut-il pas nous entendre?» Le jeune homme suivait des études de droit à l’Université d’Alep quand la révolution a commencé. «Je voulais devenir juge. Pour quoi faire? Puisque la justice n’existe pas ici. Il faut que nous nous battions pour exiger le respect de nos droits.»

Comme lui, de nombreuses personnes ici s’opposent au régime. En silence. Ces derniers jours, de nouvelles troupes sont venues renforcer les contingents déjà présents dans le nord-ouest du pays. Des points de contrôle sont installés sur les axes principaux. Difficile de passer au travers. Depuis plus d’une semaine, une grande partie du pays est coupée du monde. Les régions de Djebel Al-Zawiya et d’Idlib n’ont presque plus d’électricité et ont des coupures régulières des lignes téléphoniques. Et surtout plus de fuel.

«Nous sommes asphyxiés à petit feu. Nous ne pouvons plus nous approvisionner en carburant pour les voitures, ni nous chauffer non plus. Bachar el-Assad essaie d’étouffer notre colère par ce blocus. Mais il ne nous fera plus taire. Nous avons été les esclaves de lui et de sa famille pendant près de quarante ans, ça suffit. Maintenant, nous mourrons plutôt que de revenir en arrière», s’emporte Ali. L’homme tient une boutique de pâtisseries derrière le marché d’Idlib. «Je ne peux pas aller me battre, je suis trop vieux. Mais je veux que ce régime tombe, qu’il sache que je ne me laisserai pas faire.»

Le rideau de fer de sa boutique est baissé. Ali vide les derniers plats de gâteaux qui n’ont pas été vendus dans un grand plat en métal. «Comme nous n’avons rien à faire et que nous avons trop peur de sortir, nous nous rassemblons tous dans ma maison. Nous nous soutenons tous. Cela fait plusieurs mois que ceux qui ont pris les armes ne gagnent plus d’argent. Ils ne travaillent pas, leurs familles n’ont rien, alors chacun partage.»

Appel à l’aide

Derrière lui, un homme porte un cageot d’oranges. Il fait partie des combattants de l’Armée syrienne libre. Pourtant rien ne le distingue des autres passants. «Les gens qui s’opposent au régime sont de plus en plus nombreux, chaque jour. On gagne de nouveaux partisans. Ils nous font confiance et nous aident beaucoup. Je ne suis plus allé travailler depuis plusieurs mois. Sans eux comment pourrais-je nourrir ma famille?»

Hamid tient une boutique à Kansafra, un village de Djebel Al Zawiya. Il n’a pas ouvert son échoppe depuis lundi, mais tous les jours il nourrit les soldats de l’Armée syrienne libre qui viennent se réunir chez lui. «J’ai perdu beaucoup d’argent depuis le début de la guerre. Nous ne sommes plus approvisionnés depuis que nous avons pris le contrôle de la région. Le gouvernement tente de nous affamer, mais il ne peut plus rien faire contre notre colère.» Sa femme partage son combat, mais s’inquiète pour la suite. «Nous n’avons plus rien ou presque. J’ai peur pour mes enfants. Il faut que tout cela cesse vite. Combien de temps allons-nous pouvoir survivre dans ces conditions? Pourquoi aucun pays étranger n’agit pour nous sortir de cet enfer? Le peuple syrien tout entier se lève contre Bachar el-Assad, mais nous n’y arriverons pas sans une aide extérieure.» Ce soir encore, des tirs retentiront dans le silence. Des soldats du régime tentent de forcer les magasins à ouvrir, la vie à continuer. Mais les Syriens sont persuadés qu’il faut désobéir et lutter.