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Ce que la bagarre entre Louis Sarkozy et Léonard Trierweiler nous dit de nous-mêmes

Les «fils de» se sont de nouveau affrontés sur la Toile cette semaine. A la grande joie des internautes, qui comptent les points (et les fautes d’orthographe). Une bagarre qui raconte aussi en creux l’histoire de toutes les familles...

C’est un match qui dure depuis plusieurs mois déjà. A ma gauche, Léonard Trierweiler, qui se présente sur son compte (@Trierweiler3, 8560 abonnés ce samedi matin) comme «Apprenti cuisinier à l’école De gastronomie française Ferrandi . Passionné par mon métier . Paris .17ans.j’aime la France et ce qui l’accompagne». Il poste souvent des photos de patisseries élaborées. Et concocte aussi des assaisonnements maison à qui n’a pas l’heur de lui plaire.

Et à ma droite, Louis Sarkozy (@Sarko_Junior, 16900 abonnés), qui ne se présente pas - le nom de son compte l’en dispense, il est vrai, et accompagne sa photo d’un motto: «Commitment To Excellence #DareToZlatan. Valley forge military». Le jeune homme, 17 ans aussi, poste des photos prises dans l’académie militaire américaine où il étudie depuis trois ans et où, manifestement, l’art des coups a quitté le seul terrain des armes.

Deux personnalités fortes, trempées par des vicissitudes familialo-médiatiques forcément marquantes. Ces «fils de» avaient déjà croisé le fer numérique lors de la mise en examen de Nicolas Sarkozy, ou lors du Mundial quand Louis Sarkozy s’était fait remonter les bretelles pour avoir parlé de génocide brésilien. Le bilan économique de Nicolas Sarkozy avait à son tour suscité des échanges peu amènes entre les deux adolescents. Le quatrième acte a eu lieu ces jours-ci, à la suite de «révélations» de l’hebdomadaire très marqué à droite Valeurs actuelles, selon qui Thomas Trierweiler serait toujours logé à l’Elysée, huit mois après le départ de sa mère. Sans se prononcer sur le fonds du propos, Léonard montre un sens de la répartie certain:

Mais l’information n’a pas échappé à Louis

D’où la réplique agacée de Léonard:

Et celle de Louis:

Le twittclash est quasi-consommé.

Des échanges du niveau d’une cour de récréation, internationalisés et pérennisés par la grâce d’Internet. Que nous disent donc ces amabilités suivies avec tant d’intérêt sur la Toile (chacun de ces messages a été abondamment retwitté et commenté)? Il est évident que ces paroles d’aolescents sont libres, sans aucune inhibition. On peut sans trop de crainte de se tromper imaginer que Nicolas Sarkozy ne se réjouit pas forcément des frasques numériques de son expatrié militaire de fils, qui peuvent choquer certains de ses électeurs habitués à plus de retenue et de suivi des règles sociales. Et pourtant, le briseur de tabous Louis marche ainsi dignement sur les traces de son père, en piétinant bienséance et orthographe, ces marqueurs sociaux qui disparaissent sous sa fougue d’adolescent.

Léonard aussi reste dans le giron familial, en faisant plus qu’assumer une histoire qu’il n’a pas choisie, en embrassant avec un volontarisme de tête à claques un passé qui n’est pas le sien, dont il n’est pas sûr qu’il l’ait toujours bien accueilli. Comme sa mère il va vite, a la formule qui mord, et continue d’avancer. Il prend tout son héritage avec la hargne qu’il suppose.

Les noms de ces comptes - sarkojunior et trierweiler3 en disent d’ailleurs long sur cette disparition de la personne et de son prénom derrière l’héritage patronymique du clan.

C’est peut-être cela aussi qui se joue dans ce ping-pong public: en assumant si ostensiblement leurs origines et le rôle qu’elles leur assignent, ces jeunes nous rappellent qu’on ne choisit pas sa famille, mais que les âmes fortes préfèrent prendre les devants et en faire trop, de peur d’être soupçonnées de ne pas en faire assez.

Une histoire assez universelle, en somme...

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