C'est dans la «zone verte» de Bagdad que doit se réunir ce mercredi le nouveau parlement irakien élu le 30 janvier dernier. Dominée par les chiites, l'assemblée de 275 députés chargée de rédiger la future Constitution va donc prendre ses quartiers sous la haute garde de l'armée américaine, qui contrôle ce périmètre de sécurité au cœur de la capitale. Un mois et demi après le scrutin, la date choisie pour cette inauguration symbolique n'est pas due au hasard: elle marque l'anniversaire du sinistre gazage des Kurdes d'Halabjah par les forces de Saddam Hussein, le 16 mars 1988.

L'une des premières tâches du nouveau parlement sera d'élire son président, puis de désigner un chef de l'Etat assisté de deux vice-présidents qui, ensuite, devront nommer le premier ministre chargé de succéder à l'actuel chef du gouvernement Iyad Allaoui. Une combinaison politique délicate, à en juger par les tractations qui se poursuivaient encore mardi soir. «Les négociations tournent autour d'une seule chose: l'accord entre les 146 députés de l'alliance chiite et les Kurdes», explique un diplomate joint par téléphone à Bagdad. Ces derniers, arrivés en deuxième position lors du scrutin, bataillent pour que leur souveraineté soit reconnue sur Kirkouk, la grande ville pétrolière du nord peuplée d'une large communauté arabe et turkmène. Les députés kurdes disposent d'une capacité de blocage puisque le choix du chef de l'Etat requiert la majorité des deux tiers. Le grand favori pour ce poste, largement protocolaire mais décisif dans la nomination du premier ministre, est un de leurs dirigeants historiques, Jalal Talabani (LT du 14.3.2005). Le candidat le mieux placé pour le poste de premier ministre est pour sa part Ibrahim Jafaari, du parti chiite Dawa impitoyablement traqué à l'époque de Saddam Hussein.

L'autre casse-tête à l'agenda du parlement est l'intégration des sunnites dans le dispositif politique. Ces derniers, largement hostiles à l'occupation américaine, sont sous-représentés à l'Assemblée du fait du boycott électoral de leurs formations. Ils ne comptent que 20 sièges, et n'ont qu'une tête d'affiche: l'actuel chef de l'Etat intérimaire Ghazi al-Yaouar qui pourrait être désigné, soit à la présidence du parlement, soit à l'un des deux postes de vice-président. Or la participation des sunnites est essentielle pour éviter à terme un éclatement du pays: «Paradoxalement, les chiites vainqueurs sont contraints de faire des concessions, poursuit le diplomate. Ils doivent simultanément dissiper les inquiétudes qui existent à Washington sur leurs éventuels liens avec l'Iran, offrir des passerelles aux sunnites qui contrôlent Bagdad et les provinces environnantes, et contenter les Kurdes dont l'appui politique leur est indispensable.» L'une des perches tendues à des sunnites non élus pourrait être d'intégrer le comité chargé de la rédaction de la future Constitution. Jusqu'à l'adoption par référendum de la future loi fondamentale, vers octobre 2005, ce nouveau parlement irakien fonctionnera à la fois comme une assemblée constituante et une assemblée législative.