«Qui contrôle Bagram contrôle l’Afghanistan», lance le général Mir Asadullah Kohistani. «Nous défendrons le site quoi qu’il en coûte. C’est vital.» Commandant de la base aérienne, il a vu les dernières forces américaines quitter ce qui a été le centre stratégique d’une intervention commencée en 2001. Construite en 1956 à 50 kilomètres au nord de Kaboul, symbole de l’occupation étrangère – d’abord de l’URSS puis de l’OTAN –, Bagram est enfin revenue sous le contrôle de l’armée nationale. Depuis le début du mois de juillet, les Etats-Unis ont officiellement passé le témoin aux Afghans qui, jusqu’alors, géraient moins de 10% de la zone. «Nous savions que les Occidentaux allaient partir tôt ou tard. Après tout, il nous appartient d’être maîtres de notre destin et de reconstruire notre pays», proclame le général, exprimant la fierté ressentie par beaucoup de ses hommes. «Aujourd’hui, nous sommes heureux de pouvoir défendre seuls notre pays», confirme Ali Murad Shinwari, un soldat posté à Bagram depuis six ans.

Des zones d’ombre entourent pourtant encore le départ des forces américaines. Le 2 juillet, le dernier contingent aurait quitté Bagram sans même avertir les autorités afghanes. Le général Kohistani assure ne pas en avoir pris ombrage: «Nous avons des codes entre militaires. Nous sommes des soldats. Les Américains nous avaient dit qu’ils partiraient, mais sans nous préciser la date et l’heure. Ces opérations sont secrètes. Nous avons entendu des bruits d’avion pendant la nuit, cela semblait normal. Nous avons compris quelques heures plus tard qu’ils étaient partis. Il y a eu deux ou trois heures où la base était sans protection. Nous avons vite repris possession des points névralgiques.» D’après l’armée, des personnes se seraient introduites dans la base juste après le départ des Américains. Du matériel aurait été volé. Les pilleurs auraient immédiatement été expulsés.