Le «grand dirigeant» Kim Jong-il cherche à sortir son pays de l'isolement et à sauver son économie. Les vieilles habitudes n'en demeurent pas moins bien ancrées. Lundi matin, à 9 h 55 très précisément, son train spécial a franchi la frontière chinoise pour se diriger vers Shanghai. Officiellement, la Corée du Nord et la Chine ne savent rien de ce déplacement. Mais dès lundi, de nombreuses fuites sur cette visite ont à nouveau fait voler en éclats le goût du secret du numéro un nord-coréen.

C'est la seconde fois en moins d'un an que Kim Jong-il vient prendre conseil auprès de son plus sûr allié: la Chine. Fin mai 2000, il avait passé trois jours à Pékin avant le sommet historique de Pyongyang durant lequel il a accueilli le président sud-coréen, Kim Dae-jung. La Chine n'avait alors confirmé ce déplacement qu'après le départ de son hôte. C'était la première sortie officielle à l'étranger du chef stalinien depuis dix-huit ans.

Cette fois-ci, le dirigeant nord-coréen semble s'intéresser au modèle des réformes économiques chinoises. Une voie qui a permis au Parti communiste de se maintenir au pouvoir. Selon un diplomate occidental, Kim Jong-il a visité mercredi la Bourse de Shanghai ainsi que le parc technologique de Zhangjiang, à Pudong, dans la même ville. Pour cette ballade au cœur de la nouvelle vitrine des réformes chinoises, Kim Jong-il était accompagné d'une vingtaine de hauts dignitaires nord-coréens. Ceux-ci devraient ensuite gagner la zone économique spéciale de Shenzhen, à une encablure de Hongkong.

Selon la presse sud-coréenne, Kim Jong-il devrait rencontrer le président chinois Jiang Zemin et son premier ministre, Zhu Rongji, pour coordonner sa politique avec la Chine sur divers points. A commencer par l'attitude à adopter vis-à-vis du nouveau président américain, George W. Bush, qui n'a pas caché son intention de durcir la position des Etats-Unis face aux deux pays considérés comme la principale menace pour la paix dans la région. Bill Clinton a finalement renoncé à un déplacement à Pyongyang, pourtant annoncé après la visite du numéro deux nord-coréen à Washington en octobre dernier.

Kim Jong-il devrait se rendre à Moscou au mois de février et il s'est engagé à visiter Séoul dans le courant de cette année. En Corée du Sud, justement, le récent Prix Nobel de la paix, Kim Dae-jung, estime que ce voyage démontre que son voisin du nord aspire à «devenir une seconde Chine». «C'est une preuve évidente que le Nord veut changer», a encore déclaré l'initiateur de la politique d'apaisement avec Pyongyang.