«Nous avons enregistré jusqu’à maintenant 157 morts et 1253 blessés. Nos éléments ont circulé un peu partout à Conakry et dans les hôpitaux mais ils n’ont pas pu tout voir», a indiqué mardi le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH), Thierno Maadjou Sow.

L’opposition a fait état d’au moins 128 morts et une source policière de 87 personnes tuées lors de la répression des opposants rassemblés par dizaines de milliers au stade du 28-Septembre, à Conakry.

Ce carnage est l’un des pires commis en une seule journée depuis un quart de siècle en Guinée. Ce pays d’Afrique de l’Ouest est dirigé depuis son indépendance en 1958 par des militaires et l’armée est régulièrement accusée de graves exactions.

Le nombre de morts pourrait être encore plus élevé, plusieurs sources ayant accusé les militaires d’avoir ramassé des corps. La junte veut ainsi cacher «l’ampleur du massacre», a affirmé l’Union des forces républicaines (UFR, opposition), selon laquelle les manifestants ont été «piégés» une fois enfermés dans le stade.

Et les violences se poursuivaient mardi avec au moins un adolescent tué par les militaires, selon des témoins. L’on pouvait du reste entendre des tirs sporadiques dans la capitale, où les forces de l’ordre étaient massivement déployées.

Nombreux viols

La veille, les opposants s’étaient réunis dans le stade pour dire leur opposition à l’éventuelle candidature à la présidentielle de janvier du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara. Ce dernier est arrivé au pouvoir il y a neuf mois et n’a pas encore fait connaître sa décision.

Les forces de l’ordre ont alors tiré sur la foule et plusieurs sources les accusent de s’être livrées par la suite à de véritables scènes de barbarie, dont des viols. «Des femmes ont été violées par la garde prétorienne de Dadis Camara aux abords du stade où la foule s’était donné rendez-vous», a affirmé l’UFR.

Un autre opposant, Mouctar Diallo, a dit avoir été témoin de viols par des militaires, dans une interview à Radio France Internationale (RFI). «Il y a eu des femmes déshabillées, des militaires ont fait pénétrer leur fusil dans les sexes de ces femmes-là», a-t-il déclaré.

Des agressions qui persistaient mardi, selon une ONG et des témoins. «Nous avons des informations très inquiétantes de femmes détenues dans des camps militaires et des commissariats qui sont violées», a déclaré Mamadi Kaba, président de la branche guinéenne de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho).

«Les exactions continuent dans les quartiers, perpétrées par des militaires. Même s’il n’y a personne dans la rue, ils tirent en l’air, pillent des boutiques et frappent les gens», a raconté un habitant.

«Je suis désolé»

Dans une interview accordée lundi soir à RFI le chef de la junte, qui jusqu’à présent s’enorgueillait d’être arrivé au pouvoir sans effusion de sang, a dit être «désolé». «C’est malheureux, c’est dramatique […] Très franchement parlant, je suis très désolé, très désolé», a-t-il dit.

Un des leaders de l’opposition, Alpha Condé, a pour sa part estimé mardi que le mouvement de manifestations allait se poursuivre jusqu’au départ du pouvoir militaire «criminel». Trois autres responsables, blessés et arrêtés lundi, ont eux pu regagner leur domicile. Le nombre total d’arrestations n’était pas encore connu.

Après Paris et Washington, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE) et Dakar ont condamné ces violences et lancé un appel au calme. La France a également décidé la suspension immédiate de sa coopération militaire avec la Guinée et donné «des consignes de prudence» à ses quelque 2500 ressortissants dans le pays.