Tous contre le réchauffement! La communauté internationale se réunit à partir de ce lundi à Bali pour imaginer l'avenir de la lutte contre le changement climatique. Du 3 au 14 décembre, dans le cadre de la 13e Conférence des Nations unies sur le climat, quelque 10000 délégués vont lancer un cycle de négociations destiné à préparer l'après-Protocole de Kyoto, un texte qui a été «à la pointe du combat» ces dernières années mais ne sera plus valide après 2012. Les parties au processus se sont donné deux ans pour y parvenir. Deux ans pour relever ce que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé «le plus grand défi de notre temps».

Le Protocole de Kyoto a été conclu il y a tout juste dix ans, en décembre 1997, dans l'espoir de contraindre les Etats à tenir leurs promesses. Promesses qu'ils avaient exprimées dans le premier document à organiser la bataille contre le réchauffement, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Mais voilà: si le texte fixait déjà de hautes ambitions à la communauté internationale, il ne précisait pas avec une précision suffisante les moyens à engager pour y parvenir.

Entré en vigueur en février 2005, une fois ratifié par 55 pays représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre, le Protocole de Kyoto réserve des traitements différenciés aux Etats. Il exige des 36 pays industrialisés qui l'ont ratifié de ramener entre 2008 et 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre 5,2% en dessous de leur niveau de 1990. Une moyenne, certains Etats comme ceux de l'Union européenne ou la Suisse devant atteindre une réduction de 8%, les Etats-Unis de 7%, le Japon de 6%, tandis que la Russie doit simplement stabiliser ses émissions et que l'Australie peut les augmenter de 8%. En revanche, il exonère de cette obligation les pays émergents, dont la Chine en passe de devenir le premier pollueur mondial, ainsi que l'ensemble des pays en développement.

Le protocole a été critiqué dès son origine. D'abord par ceux qui considèrent que le réchauffement ne mérite pas autant d'efforts, soit qu'ils mettent en doute sa réalité, soit qu'ils minimisent son impact. Ensuite par ceux qui admettent le caractère dramatique du changement climatique mais considèrent que la stratégie choisie est trop contraignante. Deux chercheurs britanniques, Gwyn Prins et Steve Rayner, l'ont encore affirmé dans un récent numéro de la très célèbre revue scientifique Nature. Ils accusent le texte de n'avoir pas débouché sur les réductions attendues. Et d'avoir imposé une approche «écologiquement correcte» qui a nui au débat sur des approches politiques alternatives.

La réalité, de fait, est troublante. Les émissions de CO2 des pays industrialisés se sont envolées en 2005, l'année même où le Protocole de Kyoto est entré en vigueur, a annoncé le secrétaire exécutif de la CCNUCC, Yvo de Boer, le 20 novembre dernier. «En baisse de 1990 à 2000, elles ont recommencé à augmenter en 2000 et 2005», a-t-il reconnu.

La conférence de Bali n'en commence pas moins ses travaux dans une atmosphère plutôt positive. Les rapports publiés cette année par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), la plus haute autorité scientifique en la matière, ont définitivement convaincu les sceptiques de la réalité du changement climatique et de l'importance de l'homme dans cette évolution. Différentes études ont également persuadé le monde des décideurs qu'il n'est plus temps d'attendre, que chaque année écoulée sans rien faire renchérira le prix global de la bataille contre le réchauffement. Enfin, les derniers Etats occidentaux à s'opposer à Kyoto sont en train de faire machine arrière. L'Australie, après un changement de majorité, va rallier le processus. Et les Etats-Unis, chef de file des adversaires, montrent des signes d'évolution, malgré leur foi légendaire dans les lois du marché et leur réticence à accepter des engagements internationaux. Le Congrès à majorité démocrate commence à se pencher sur des projets de loi prévoyant des plafonnements des émissions de CO2 . Et le président George Bush a accepté en juin dernier, en conclusion du dernier G8, «d'envisager» la diminution de 50% des gaz à effet de serre d'ici à 2050. La formule est encore très prudente. Mais elle écarte l'hostilité de principe.

Des grandes divergences n'en persistent pas moins. Divergences d'opinions entre les tenants d'une stratégie top-down, régulatrice et autoritaire, défendue par l'Union européenne, et les partisans d'une approche down-up, misant davantage sur la logique économique et la technologie. Divergence d'intérêts aussi, notamment entre pays riches et pays pauvres, gros et petits pollueurs, victimes et bénéficiaires des carburants fossiles.

La conférence de Bali n'a pas pour vocation de trancher sur le fond, en approfondissant ou en réformant le processus de Kyoto, même si tel est bien l'enjeu ultime. Elle pourra déjà être considérée comme un grand succès si elle parvient à intégrer suffisamment ses différents acteurs pour esquisser une feuille de route, un programme de négociations. Et si elle arrive à ouvrir de nouveaux chantiers, comme le financement des forêts tropicales par le monde industrialisé. Une idée aujourd'hui dans l'air. La déforestation compte pour 20% dans les émissions de gaz à effet de serre. A partir du moment où l'on ne peut pas empêcher un pauvre d'abattre un arbre si cela lui rapporte de quoi se nourrir, pourquoi ne pas le payer pour maintenir ce même arbre debout, et vivant?

Toute idée nouvelle sera bonne à agiter.