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Le premier ministre monténégrin Milo Djukanovic arrive au sommet de l'OTAN à Varsovie le 8 juillet 2016. (Reuters)
© AGENCJA GAZETA

Défense

Les Balkans ballottés entre l’Alliance et la Russie

Alors que le Monténégro va officiellement rejoindre l’Alliance atlantique au sommet de Varsovie, les Etats balkaniques font à nouveau l’objet d’une lutte d’influence sans pitié entre l’Occident et Moscou

Rien ne va plus entre le Monténégro et la Russie. Moscou vient de prolonger pour deux ans l’embargo frappant les produits agricoles monténégrins – une décision sans grande portée pratique, mais hautement symbolique pour la petite république à la vieille tradition de russophilie. Le Monténégro, qui a restauré son indépendance en 2006, va en effet devenir membre de l’OTAN à l’occasion du sommet de Varsovie, une décision actée en décembre 2015.

Lire aussi : Les Etats-Unis somment l’UE d’assumer sa défense

L’accession de Podgorica à l’Alliance atlantique est un double revers pour Moscou. La Russie doit renoncer à tout espoir d’accéder au port monténégrin de Bar, sur l’Adriatique, mais la contribution militaire du petit Monténégro (620 000 habitants) demeurera bien sûr très limitée. L’enjeu est surtout politique. Unique principauté slave autonome dans des Balkans alors dominés par l’Empire ottoman, le Monténégro a établi des relations diplomatiques avec l’Empire des tsars dès le début du XVIIIe siècle. Même du temps du communisme yougoslave, c’est au Monténégro que la rupture entre Tito et Staline, en 1948, passa le plus mal.

Depuis quinze ans, la Russie a massivement investi dans l’ex-république yougoslave, où des milliers de Moscovites possèdent des résidences secondaires. De très hauts responsables du Kremlin, comme le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, sont des habitués de la côte monténégrine. Il y a deux ans, au sommet de Cardiff, la candidature de Podgorica à l’OTAN avait été recalée par crainte de l’infiltration massive d’agents russes dans les services de sécurité du petit pays.

Le premier ministre Milo Djukanovic, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, a poussé de toutes ses forces pour que son pays rejoigne l’Alliance, une manière de confirmer son ancrage pro-occidental, ce qui représente une posture bien utile pour faire taire les critiques sur le caractère autoritaire et corrompu du régime, et ce qui permet de diviser l’opposition, partagée entre une aile «démocratique» plutôt favorable à l’Alliance atlantique et des courants traditionnellement pro-serbes et pro-russes.

L’enjeu de l’adhésion du Monténégro à l’OTAN dépasse très largement les frontières du petit pays. Alors que l’élargissement européen est plus en panne que jamais en ces temps de Brexit, l’Alliance atlantique démontre qu’elle conserve une capacité à s’étendre, malgré la prudence de mise dans le cas des anciennes républiques soviétiques, comme la Géorgie et l’Ukraine.

Périphérie disputée

Depuis le début de la crise ukrainienne, les Balkans se retrouvent au cœur des tensions géopolitiques. En février 2015, le secrétaire d’Etat John Kerry avait évoqué une «ligne de feu», allant de l’Ukraine au Monténégro, via la Moldavie, la Macédoine, le Kosovo et la Serbie. Si les intérêts réels, tant économiques que politiques, de la Russie dans les Balkans sont très limités, la région se retrouve à nouveau en position de périphérie disputée. Déjà membres de l’OTAN, certains Etats, comme l’Albanie ou la Croatie, ont un ancrage atlantiste bien établi, d’autres se trouvent en position plus tangente, comme la Macédoine, qui frappe depuis des années aux portes de l’OTAN et de l’UE, mais dont la candidature est toujours bloquée par l’interminable conflit qui oppose Skopje à Athènes. Du coup, le très nationaliste régime macédonien a opéré ces dernières années un rapprochement marqué avec Moscou.

Pour sa part, la Serbie, candidate à l’intégration européenne mais attachée à sa neutralité militaire, espère tirer profit du jeu «d’équilibre» qu’elle essaie de mener. Belgrade a ainsi toujours refusé de prendre des sanctions contre Moscou, et l’armée serbe participe régulièrement à des exercices conjoints tant avec l’OTAN qu’avec l’armée russe.

Si les perspectives européennes tardent à se concrétiser, l’OTAN peut-il reprendre la main? A défaut, l’attrait de la Russie s’imposera de lui-même, à la grande satisfaction d’un Milorad Dodik, le président de la Republika Srpska, «l’entité serbe» de la Bosnie-Herzégovine toujours divisée. Périphérie convoitée où chacun teste sa puissance, les Balkans se prêtent aussi fort bien aux jeux de dupes.

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