On aurait pu croire que les autorités birmanes exploiteraient la visite de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton – la première visite américaine à ce niveau depuis 1955 – pour montrer à leur population qu’elles semblent retrouver une certaine respectabilité sur la scène internationale. Mais, curieusement, le New Light of Myanmar, le quotidien national contrôlé par le pouvoir, a consacré la quasi-totalité de sa une, jeudi, à la visite du premier ministre biélorusse Mikhaïl Miasnikovitch. Seuls deux maigres paragraphes en pages intérieures ont été consacrés au voyage historique de la cheffe de la diplomatie américaine.

Un signe sans doute que la Birmanie comme les Etats-Unis sont engagés dans un ballet feutré où chaque pas est froidement calculé et chaque geste précisément dosé, de manière à ne pas céder trop de terrain trop vite. Un jeu de donnant donnant où les deux gouvernements se scrutent et tentent de deviner la main de l’adversaire.

Levée des sanctions: trop tôt

Ainsi, Hillary Clinton n’a pas annoncé de mesures spectaculaires après son entretien avec le président Thein Sein, dans la capitale administrative Naypyidaw. Evoquer une possible levée des sanctions économiques était hors de question: celle-ci dépendrait du Congrès où de nombreux représentants et sénateurs sont partisans d’une ligne dure face au régime birman. Dans le même temps, la secrétaire d’Etat se devait de montrer que la relation bilatérale s’établissait sur une base de réciprocité.

Pour reconnaître les gestes de réforme de Naypyidaw, Hillary Clinton a annoncé que Washington ne bloquerait plus les programmes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, lequel est en train d’aider le gouvernement birman à normaliser son régime de change, tout en insistant sur l’insuffisance des «efforts démocratiques» du gouvernement de Thein Sein. «Il est encourageant qu’Aung San Suu Kyi [ndlr: la dirigeante de l’opposition] soit maintenant libre de participer au processus politique, mais cela est insuffisant à moins que tous les partis politiques puissent ouvrir des bureaux dans tout le pays et participer à des élections justes, libres et crédibles», a-t-elle déclaré à la presse après l’entrevue avec Thein Sein. Elle a également rappelé que les violations des droits de l’homme exercées par l’armée birmane dans les zones où vivent des minorités ethniques (environ 40% de la population) devaient cesser et que la «diversité du pays devait être reconnue comme une source de force».

De manière plus immédiate, la secrétaire d’Etat a non seulement demandé des clarifications sur les relations entre la Birmanie et la Corée du Nord, mais aussi exigé l’arrêt de toute coopération militaire illégale. Certains membres du Congrès américain affirment qu’un programme nucléaire militaire fait ses premiers pas en Birmanie avec l’assistance technique de Pyongyang. Sai Thein Win, un officier de l’armée birmane formé en Russie dans le cadre de ce projet et qui s’est réfugié par la suite en Thaïlande, assure que le programme nucléaire a commencé en 2005. De surcroît, les ­passages réguliers de navires et d’avions nord-coréens en Birmanie ont engendré la conviction à Washington qu’un programme de développement de missiles balistiques était largement avancé, ce qui enfreindrait les sanctions onusiennes décrétées contre la Corée du Nord. Le président Thein Sein n’a pas réagi publiquement à l’injonction américaine, considérant sans doute que l’abandon éventuel de cette coopération militaire constituait une carte de choix qu’il ne fallait pas abattre trop tôt.

Hier soir à Rangoon, Hillary Clinton a reçu pour un dîner l’opposante Aung San Suu Kyi. Elle doit la revoir à nouveau ce vendredi.