États-Unis

Baltimore, cité noire minée par la pauvreté

La ville du Maryland se remettait mardi des violentes émeutes de la veille. Les manifestants protestaient contre les brutalités policières à l’issue des funérailles de Freddy Gray, un jeune Noir mort des suites d’une arrestation par la police

Baltimore, cité noire minée par la pauvreté

Etats-Unis La ville du Maryland se remettait mardi des violentes émeutes de la veille

Barack Obama condamne les violences

Baltimore se remettait petit à petit mardi d’émeutes et de scènes de pillages qui ont ravagé l’ouest de la ville lundi jusqu’au milieu de la nuit: immeubles détruits par des incendies, véhicules calcinés évacués, propriétaires de commerces sonnés par un déferlement de violence. Mardi, par souci de sécurité, les écoles sont restées fermées. A 5 heures du matin, d’impressionnants effectifs de police étaient encore présents pour veiller au grain. C’est la seconde fois depuis les émeutes de Ferguson de novembre 2014 que la Garde nationale a été appelée en renfort après que le gouverneur du Maryland Larry Hogan eut décrété l’état d’urgence.

Ces derniers jours, Baltimore, ville à majorité noire de 620 000 habitants, était déjà une cocotte-minute sur le point d’exploser. Après la mort de Freddie Gray, un jeune Afro-Américain de 25 ans, qui a grandi dans le quartier défavorisé où ont eu lieu ses funérailles et où il a grandi, des manifestants avaient déjà exprimé leur colère en fin de semaine dernière face au mauvais traitement que la police tend à réserver aux jeunes Afro-Américains.

Barack Obama a conscience des problèmes, déclarant mardi: «Nous avons vu trop d’exemples d’interactions entre la police et des gens, surtout des Afro-Américains, souvent pauvres, qui soulèvent des questions troublantes. […] Je pense qu’il y a des départements de police qui doivent faire de l’introspection. Je pense qu’il y a des communautés qui doivent faire de l’introspection. Je pense que nous, en tant que pays, devons faire de l’introspection.» Le président noir, réservé sur la question raciale durant son premier mandat, n’hésite plus à faire écho au sentiment d’une minorité qui se sent malmené tant par la police que par le système pénal américain.

Dans le même temps, le locataire de la Maison-Blanche a dénoncé les violences, estimant qu’aucune excuse ne les justifiait. A Baltimore lundi soir, nombre d’Afro-Américains défilaient d’ailleurs dans les rues appelant à la non-violence, rappelant les préceptes qui ont mû le révérend Martin Luther King et les leaders des droits civiques dans les années 1960. Entrée en fonction lundi, la première femme afro-américaine à la tête de la justice, Loretta Lynch, est déjà confrontée à une crise majeure. Elle a aussi condamné les violences qui «desservent la famille [de Freddie Gray] […] et les manifestants pacifiques».

Les émeutes et la mort de Freddie Gray sont à l’image d’une ville que la très populaire série télévisée de HBO The Wire («Sur Ecoute») décrit de façon très réaliste en évoquant ses batailles de gangs. Baltimore a un côté très branché, notamment son quartier du Inner Harbor et de Fells Point. Cité industrielle qui a fortement souffert depuis les années 1970, elle s’est reconstruite, mais que très partiellement.

L’ex-maire de Baltimore et l’ex-gouverneur du Maryland William Donald Schaefer, décédé en 2011, s’était appliqué à donner un nouveau lustre à cette grande cité portuaire sur la baie de Chesapeake. Mais le travail ne fut que partiel. Il y avait lancé un programme par lequel un appartement était vendu un dollar et le nouveau propriétaire était chargé de le rénover. Aujourd’hui toutefois, dans le quartier ouest et est de la ville, de nombreuses maisons sont à l’abandon. A Sandtown-Winchester, où a grandi Freddie Gray, un tiers des gens vit au-dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage s’élève à 23%. La criminalité à Baltimore reste plus importante qu’ailleurs. Ces derniers temps, des étudiants de l’Université John Hop­kins pouvaient demander à la police d’être escortés chez eux.

Freddie Gray est décédé après être tombé dans le coma à l’hôpital. Arrêté, il a été tiré sans ménagement dans un véhicule de police malgré ses complaintes. Sur des images vidéo, il apparaît incapable de marcher. Sa colonne vertébrale a été sectionnée à 80%, prouvant que le défunt aurait eu besoin d’un traitement médical immédiat.

Le jeune Afro-Américain avait grandi dans un cadre familial difficile aux côtés d’une mère handicapée et héroïnomane. Arrêté une dizaine de fois par la police pour détention d’héroïne ou de haschich, il a passé deux ans derrière les barreaux. Son arrestation, le 19 avril, met toutefois en lumière une nouvelle bavure policière qui révèle deux choses: un racisme institutionnel latent et une doctrine qui fait fi d’un principe fondamental de l’engagement policier: la proportionnalité. La militarisation des polices semble avoir un impact sur l’attitude même des forces de l’ordre. L’affaire montre enfin le rôle médiatique croissant que jouent les vidéos de telles tragédies prises par des particuliers.

Dans le quartier de la victime Freddie Gray, un tiers des habitants vit au-dessous du seuil de pauvreté

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