Ce fut la provocation de trop: la Rolls-Royce beige de la reine et du prince héritier – suivie d’une cohorte de Mercedes rouges – est contrainte de ralentir, fendant avec peine la foule des manifestants en train de défiler par milliers, mercredi, dans les rues de Bangkok. La reine Suthida, 42 ans, esquisse un geste de la main, souriante. La réponse de ses sujets n’est pas très aimable. De la foule, difficilement contenue par un cordon de police, des cris fusent: «Rendez-nous l’argent des impôts!» La limousine poursuit son chemin, saluée par le signe de ralliement des contestataires, trois doigts tendus en signe de révolte, emprunté à la série de films américains Hunger Games.

La réaction du pouvoir à ce camouflet populaire infligé à la famille royale n’a pas tardé: dès potron-minet, jeudi, le gouvernement a annoncé l’instauration d’un état d’urgence «renforcé» (ce dernier était déjà en vigueur pour cause de pandémie), après avoir dispersé les derniers manifestants qui campaient devant les bureaux du premier ministre, Prayuth Chan-o-cha, et arrêté une vingtaine de meneurs du mouvement étudiant contestataire. Tout rassemblement de cinq personnes et plus est désormais interdit. Sont aussi prohibées de diffusion les informations pouvant mettre en danger «la sécurité nationale».