Climat: mesures drastiques de Barack Obama

Etats-Unis Un plan d’action pour réduire de 30% les émissions de CO2 des centrales électriques

L’impact pourrait être international

Aucun président américain n’avait pris une mesure aussi audacieuse pour combattre le réchauffement climatique. Lundi, sous l’impulsion de Barack Obama, l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) a dévoilé un ambitieux plan d’action climatique, fixant pour objectif une réduction de 30% des émissions de CO2 des centrales électriques d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2005. Ces nouvelles normes concernent près de 1600 centrales électriques, mais avant tout les 523 centrales à charbon du pays, dont 63% ont été construites voici plus de cinquante ans sous la présidence de Dwight Eisenhower. Aujourd’hui, ces dernières comptent pour 38% des émissions de dioxyde de carbone, alors que les transports sont responsables de 32% des émissions globales de CO2.

Certains experts estiment que le plan présenté hier pourrait induire des changements systémiques majeurs quant à la manière de produire de l’électricité aux Etats-Unis, même si charbon et gaz naturel vont encore être les piliers de la production électrique américaine ces trois prochaines décennies. Consciente des spécificités de chacun des 50 Etats de l’Union, la directrice de l’EPA, Gina McCarthy, une femme à poigne républicaine, a insisté pour relever que le plan élaboré est très flexible, laissant aux Etats la liberté de choisir la manière d’atteindre l’objectif de réduction de 30% des émissions: substitution du charbon par du gaz naturel, deux fois moins polluant, instauration de bourses de carbone comme dans une douzaine d’Etats du Nord-Est et en Californie, développement plus massif des énergies éoliennes et solaires, et renforcement des mesures pour accroître l’efficience énergétique.

Le président démocrate ayant déjà échoué au Congrès à faire passer une loi sur l’échange de quotas d’émissions en 2010, il a décidé d’agir différemment, en s’appuyant sur la loi sur la propreté de l’air (Clean Air Act) datant de 1970. Récemment, la Cour suprême des Etats-Unis a jugé constitutionnel pour l’administration d’agir par voie réglementaire et non par le biais du Congrès, car les émissions de CO2 peuvent être considérées comme un «polluant atmosphérique». Conseiller climatique de la Maison-Blanche, John Podesta le relève: par le Clean Air Act, les Etats-Unis avaient limité les émissions de mercure, de soufre et d’arsenic des centrales électriques, mais celles-ci ont été jusqu’ici libres d’émettre autant de dioxyde de carbone qu’elles le souhaitaient.

Barack Obama lui-même a évité samedi, dans son allocution hebdomadaire en ligne, de brandir la grave menace du réchauffement de la planète, une abstraction pour nombre d’Américains ou l’objet d’un déni d’une part importante de républicains, qui estiment soit que le phénomène n’existe pas, soit que les activités de l’homme n’en sont pas responsables. Sur YouTube, il a axé son discours sur les problèmes sanitaires présents, dont une forte hausse des cas d’asthmes chez les jeunes et les plus âgés, ainsi qu’une occurrence plus élevée des problèmes cardiaques. Le plan de l’EPA arrive d’ailleurs quelques semaines après le National Climate Assessment, un bilan préoccupant des risques climatiques dressé par une centaine de scientifiques américains, et après que le Pentagone a tiré la sonnette d’alarme sur les risques sécuritaires liés au réchauffement de la planète.

Symboliquement, sachant à quel point son nom favorise l’obstructionnisme républicain, Barack Obama a laissé la directrice de l’EPA présenter l’ambitieux plan d’action climatique. Mais la bataille sera musclée. Le lobby du charbon, dont les frères Koch, deux milliardaires, promet d’actionner tous les leviers pour contrer cet acte «impérialiste» de la Maison-Blanche. La Chambre américaine de commerce estime que le plan de l’EPA va coûter plus de 50 milliards de dollars par an et 224 000 emplois. A contrario, l’administration démocrate estime que les gains en termes de santé publique pourraient se chiffrer en plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le plan de l’EPA risque d’être fortement attaqué en justice. Au plan politique, les républicains en feront sans doute leur punching-ball dans la perspective des élections de mi-mandat de novembre. Quant aux démocrates qui vont au-devant d’une réélection difficile, ou qui vivent dans des régions où le charbon est central, ils promettent de se battre contre l’initiative de la Maison-Blanche. Une procédure de consultation est ouverte jusqu’en 2015, mais le président entend mettre en œuvre ces nouvelles normes avant le terme de son second mandat, à la fin de 2016. Washington peut imposer son propre plan d’action aux Etats récalcitrants.

Le lobby du charbon promet d’actionner tous les leviers pour contrer cet acte «impérialiste»