Le président américain Barack Obama a rencontré lundi les dirigeants vietnamiens, au premier jour d’une visite censée «renforcer les liens» et marquer la volonté de Washington d’envoyer un signal au puissant voisin chinois.

«Notre venue est le symbole du renforcement des liens que nous avons tissés au cours des dernières décennies», a déclaré Barack Obama lors d’une rencontre avec le président vietnamien Tran Dai Quang.

Pays de 90 millions d’habitants au rythme de croissance soutenu, le Vietnam mise énormément sur l’accord de libre-échange transpacifique (TPP), scellé entre 12 pays, dont les Etats-Unis et le Japon mais pas la Chine, dont Barack Obama espère la ratification avant son départ début 2017.

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Les Etats-Unis ont la cote au Vietnam

Dans la foisonnante capitale vietnamienne, cette première visite de Barack Obama – la troisième d’un président américain depuis la fin de la guerre en 1975 – suscitait de vives attentes. «J’ai entendu beaucoup de choses le concernant et j’admire ce qu’il a fait, il est un peu comme notre Oncle Ho!», lance en riant Thuy Tien, jeune femme de 19 ans, en référence à Ho Chi Minh, fondateur du Parti communiste vietnamien (PCV).

La visite de Barack Obama intervient à un moment où l’image de l’Amérique est particulièrement bonne dans ce pays d’Asie du Sud-Est. Selon une étude réalisée l’an dernier par le Pew Research Centre, 78% des Vietnamiens ont une opinion favorable des Etats-Unis, et ce chiffre est encore plus élevé parmi les jeunes.

Après sa rencontre, puis une conférence de presse commune, avec le président Tran Dai Quang, poste important mais plutôt protocolaire, Barack Obama retrouvera notamment le puissant numéro 1 du PCV, Nguyen Phu Trong. Il avait reçu ce dernier il y a un peu moins d’un an dans le Bureau ovale, une grande première quelque 40 ans après la chute de Saïgon.

Soucieuse de ne pas laisser Pékin écrire les «règles du jeu» des échanges commerciaux dans la région, l’administration Obama défend bec et ongles le TPP. Celui-ci se heurte cependant à l’opposition d’une partie des élus, qui redoutent qu’il ne se traduise par des pertes d’emplois sur le territoire américain. Seul pays communiste à figurer parmi les signataires, le Vietnam, où la classe moyenne devrait doubler entre 2014 et 2020, devrait être l’un des grands bénéficiaires du texte.

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Unis pour freiner les ambitions de Pékin

Autre point de convergence entre Washington et Hanoï: la volonté de renforcer leur coopération en matière de sécurité face aux ambitions de Pékin, qui a de nombreux différends territoriaux en mer de Chine méridionale avec ses voisins d’Asie du Sud-Est, notamment le Vietnam. En 2014, Pékin avait installé une plateforme pétrolière dans les eaux maritimes revendiquées par Hanoï, provoquant des émeutes meurtrières antichinoises au Vietnam. La plateforme a été retirée quelques mois plus tard.

«Il existe toujours une certaine méfiance (vis-à-vis de Washington) au sein de l’élite vietnamienne, mais l’affirmation croissante de Pékin en mer de Chine méridionale a vraiment fait évoluer les mentalités et poussé à un rapprochement plus rapide avec les Etats-Unis», souligne Murray Hiebert, analyste au Center for Strategic and International Studies.

Affichant sa volonté d’envoyer un signal à Pékin, mais aussi de moderniser son armée et de réduire sa dépendance aux armes russes, le régime vietnamien avance – prudemment mais sûrement – avec Washington. Le pays espère une levée de l’embargo sur les ventes d’armes américaines. L’exécutif américain, qui a toujours lié cette décision à des progrès sur la question des libertés individuelles, n’a pas dévoilé ses intentions.

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Les deux pays ont affirmé dimanche leur volonté commune de mettre en place l’accord mondial sur le climat conclu à Paris en décembre et de tenir leurs objectifs respectifs «dans la transparence».

Pas d’excuses à Hiroshima

Vendredi, le président Barack Obama se rendra dans la ville de Hiroshima, bombardée à l’arme atomique par les Etats-Unis en 1945. C’est la première fois pour un chef d’état américain en exercice. Selon la chaîne publique japonaise NHK, il ne prononcera pas d’excuses à cette occasion.

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«Non, car je pense qu’il est important de reconnaître qu’en pleine guerre, les dirigeants doivent prendre toutes sortes de décisions», a-t-il dit en réponse à la question de savoir s’il présenterait des excuses. «C’est le rôle des historiens de poser des questions et de les examiner mais je sais, ayant moi-même été à ce poste depuis sept ans et demi, que tout dirigeant prend des décisions très difficiles, en particulier en temps de guerre», a-t-il ajouté dans sa déclaration diffusée lundi par NHK.

Dans une enquête de l’agence japonaise Kyodo réalisée auprès de 115 survivants des attaques atomiques de Hiroshima le matin du 6 août 1945 puis de Nagasaki trois jours plus tard, près de 80% (78,3%) disent ne pas demander d’excuses, tandis que 15,7% souhaiteraient entendre de telles paroles de la part du président américain, selon un sondage diffusé dimanche.

Barack Obama doit se rendre à Hiroshima le 27, à l’issue d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G7 à Ise-Shima dans le centre du Japon. La Maison-Blanche avait averti que le président, qui ne prononcera pas un véritable discours mais quelques brèves remarques, laisserait le débat sur le bien-fondé du recours à l’arme atomique par Harry Truman aux historiens. L’objectif sera d’abord de réaffirmer son attachement à l’objectif d’un monde sans armes nucléaires. Le flou persiste sur le programme précis du déplacement et une éventuelle rencontre sur place avec des hibakusha (survivants de la bombe).