Depuis quelques jours, il l'a remis à la boutonnière. Ce drapeau américain, apparu après le 11 Septembre 2001, Barack Obama refusait pourtant de l'arborer, au motif, disait-il, qu'il symbolisait un «patriotisme creux», bien loin de l'idée qu'il se faisait lui-même de l'attachement aux valeurs américaines. Mais le pin's est de retour. On ne joue pas avec la question du patriotisme aux Etats-Unis. Surtout en ce moment. Surtout lorsqu'on est candidat à la présidence et qu'on a reçu, à la naissance, Hussein en tant que deuxième prénom.

Barack Hussein Obama se sait très populaire aux quatre coins de la planète. Mais il est des admirateurs dont il se passerait bien: il y a quelques semaines, un dirigeant du Hamas palestinien, Ahmed Yousef, évoquait les élections américaines. Il se plaignait certes que tous les candidats, en campagne, tâchent d'être perçus comme les amis d'Israël. Mais il laissait échapper: «Nous aimons M. Obama, et nous espérons qu'il sera élu.» A Gaza, on croit que le candidat «ressemble à John Kennedy, un grand homme avec des principes. Il a une vision pour changer l'Amérique, pour diriger la communauté internationale, mais pas par la domination et l'arrogance.»

Ennemis de l'Amérique

Barack Obama, «candidat du Hamas»? Dans le camp républicain, qui s'échauffe avant la lutte frontale, l'occasion était trop belle. Cette question est un «point légitime de discussion», commentait le candidat John McCain, en mettant en évidence le fait qu'il refuserait, lui, de parler avec les Etats terroristes, Iran en tête. «C'est une claire différence entre moi-même et le sénateur Obama.»

Par la suite, le sénateur de l'Illinois a certes tenté de remettre les pendules à l'heure. Négocier directement avec le Hamas est «une mauvaise idée», précisait-il, en rappelant notamment que ce mouvement ne dirige pas un Etat.

Mais la brèche est ouverte. C'est Jérusalem que le président George Bush a choisi jeudi pour mettre un pied dans la campagne américaine: devant la Knesset (le parlement), il s'insurgeait contre «le confort illusoire de l'apaisement qui a toujours été discrédité par l'Histoire», en référence à ceux qui veulent discuter avec les ennemis de l'Amérique et, par contrecoup, avec ceux de l'Etat d'Israël. Il y a eu ceux qui ont tourné la tête devant l'arrivée des nazis, suggérait-il. Et il y a ceux qui veulent palabrer avec le Hamas ou le Hezbollah, sous la menace de leur grand frère iranien bientôt atomique.

Electorat juif

Une partie de l'enjeu, mais une partie seulement, est constituée par le vote des électeurs juifs américains. Face à Ronald Reagan, Jimmy Carter s'était vu ravir 39% de ce vote juif, pourtant traditionnellement démocrate. Mais selon les sondages, John McCain ne profite pas, du moins pour l'instant, de ce coup de pouce du Hamas: en cas de duel McCain-Obama, ce dernier l'emporterait par 61% contre 32 au sein de l'électorat juif. Une marge qui, loin de se réduire, n'a fait que progresser ces dernières semaines.

Aujourd'hui, à la question toujours très sensible de la politique américaine à l'égard du Proche-Orient se mêle pourtant celle de la lutte contre le terrorisme. Une bonne partie de l'électorat ne demande qu'à se laisser convaincre par les «rumeurs» qui circulent un peu partout sur le Net, même si elles ont déjà été démenties des dizaines de fois par le candidat: Barack Obama serait musulman, et c'est sur le Coran, et non sur la Bible, qu'il a prêté serment en tant que sénateur... Cette méfiance, soigneusement entretenue, risque de coûter cher à Obama ces prochains mois. Même avec un drapeau accroché sur le veston en guise de bouclier.