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Une famille cubaine de La Havane écoute à la télévision nationale le discours du président Barack Obama.
© Orlando Barria

Amériques

Barack Obama: «Le changement dépendra du peuple cubain»

Le président américain a achevé sa visite historique de trois jours à Cuba par un discours puissant sur les libertés individuelles. Les Cubains y ont été très sensibles

Dans leur appartement de Vedado, Enrique et Ernesta ont bu chaque parole. Pour eux, le puissant discours de Barack Obama prononcé mardi au grand théâtre Alicia Alonso au cœur de la Vieille Havane fut comme un phare qui rassurerait le navigateur perdu en mer et qui éclaire le chemin à parcourir. Devant un parterre très sélect de 1300 personnes, le président américain a levé toute ambiguïté: «Les Etats-Unis n’ont ni les moyens, ni l’intention de provoquer le changement à Cuba. Les changements à venir dépendront du peuple cubain.»

Enrique, 47 ans, a suivi la retransmission en direct sur la télévision cubaine. Barack Obama, qui a initié le processus de normalisation entre Washington et La Havane avec son homologue Raul Castro en décembre 2014, «a évité de faire la leçon aux Cubains. Mais il a exprimé en détail et de façon très subtile l’importance des valeurs humaines et des libertés fondamentales». Le locataire de la Maison-Blanche, critiqué aux Etats-Unis pour tendre la main à l’autocrate Raul Castro, n’a pas fait abstraction de l’histoire tumultueuse entre les deux pays, des années de la dictature Batista à la révolution en passant par la crise des missiles de 1962. Mais il a estimé qu’il était temps d’enterrer ce «dernier vestige de la Guerre froide».

En s’adressant directement au peuple cubain, Barack Obama a une nouvelle fois appelé le Congrès américain à lever l’embargo en place depuis 1962. Mais Cuba, estime-t-il, devra aussi faire son travail. Il a appelé au respect de la liberté d’expression et de manifestation pacifique ainsi qu’à des élections libres. Citant le poète et père de l’indépendance cubaine José Marti, il a martelé que «la liberté est le droit de tous».

Le président américain ne s’en est pas caché: «Aux Etats-Unis, la démocratie n’est pas parfaite», rappelant l’histoire de la ségrégation raciale dans son pays qui ne fut abolie que dans les années 1960. Mais il s’est servi de cet exemple pour renforcer son propos: c’est en se mobilisant, en protestant que l’Amérique a réussi à interdire cette pratique discriminatoire. «Le principal atout de Cuba, c’est son peuple.» Le président américain a évoqué les douloureuses séparations de familles cubaines écartelées entre ceux qui ont pris le chemin de l’exil et ceux qui sont restés au pays: «La réconciliation du peuple cubain est fondamentale pour le futur de Cuba.» Il a conclu par ces mots qui sont étroitement liés à sa campagne électorale de 2008: «Si se puede» (Yes We Can).

A Vedado, le message de Barack Obama a suscité des réactions très émotionnelles. Ernesta, la soixantaine, avait de la peine à retenir ses larmes. «Ce discours aura un grand impact, mais il restera intériorisé, relève-t-elle. Car quoi qu’on dise, la répression demeure.» Bien que non religieuse, cette Cubaine ajoute: «Ce moment me rappelle la visite du pape Jean Paul II à Cuba en 1998. Les Cubains avaient vu ce que le souverain pontife avait provoqué en Pologne dans les années 1980. Avec Obama, le même espoir renaît.»

Une demi-heure avant l’allocution prononcée en présence de Raul Castro, des centaines de personnes se sont amassées le long de la «calle» Linea, près du Malecon. Elles attendaient avec impatience le passage de la «Bestia», la voiture du président américain. Un jour plus tôt, même scène. Quand The Beast a emprunté la rue Linea lundi, Ernesta y a vu un symbole fort. Derrière la voiture présidentielle, au fond de la rue apparaissait le monument «Maine» en souvenir du navire de guerre américain coulé par les Espagnols. L’attaque fut l’élément déclencheur de l’intervention américaine à Cuba contre les Espagnols à la fin du XIXe siècle. Dans son salon, Oscar a déjà connecté sa caméra à un grand écran de télévision. Toute la famille, plusieurs générations confondues, visionne à nouveau le passage du convoi. Quand le président américain fait soudain un signe de la main, c’est l’euphorie: «Obama, Obama!» Chauffeur de taxi, Tony est moins enthousiasme au sujet de la visite d’Obama: «La politique reste la politique. La vie pour moi ne va pas changer. Si j’ai la possibilité de quitter le pays, je le ferai.»

La visite ne s’est pas déroulée sans tension. Lundi, lors d’une conférence de presse au palais de la Révolution, Barack Obama a répondu à une question d’une journaliste américaine avant d’inviter Raul Castro à en faire de même. Le président cubain, qui fut interpellé au sujet des prisonniers politiques à Cuba, n’a pas apprécié. Peu habitué des conférences de presse, il a répondu sèchement, estimant que la question n’était pas correcte: «Donnez-moi une liste des prisonniers politiques et je les libérerai immédiatement.» Une telle liste a tôt fait de circuler sur Twitter. Entre 47 et 51 prisonniers politiques croupissent toujours dans les geôles cubaines.

Avant de se rendre à un match de baseball, dernière étape de son voyage, Barack Obama n’a pas omis de rencontrer une douzaine de dissidents à l’ambassade américaine, dont la cheffe de file des Dames en Blanc Berta Soler, Elizardo Sanchez et Guillermo Farinas. A proximité de la représentation américaine, une foule attendait, impatiente de voir enfin Barack Obama.

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