Barack Obama a fait son choix. A propos du président russe, Dmitri Medvedev: «C’est un homme très sérieux, très progressiste, qui conduit avec succès la Russie vers le XXIe siècle.» Sur Vladimir Poutine, le premier ministre: «Il a un pied dans le passé et un pied dans le présent.» Au moment où il s’agit de «remettre à zéro» les relations américano-russes, l’affaire semble entendue. Et, comme pour ne pas laisser le moindre doute, le président américain précisait encore, lundi à Moscou: «Ce qui m’intéresse, c’est de traiter directement avec mon homologue, le président, et de tendre la main au premier ministre Poutine.»

Comment se comporter face au pouvoir bicéphale en place à Moscou? Comment, pour un Barack Obama qui a répété sur tous les tons qu’il ne voulait pas «s’immiscer» dans les affaires intérieures des autres Etats, encourager le neuf sans courir le risque de brusquer l’ancien? L’administration Obama, en réalité, ne voit que des différences relativement minimes entre le président et le premier ministre russes. Un peu à l’image de ce qu’elle percevait en Iran entre les deux candidats à la présidentielle, elle voit les deux hommes russes comme les deux faces d’une même monnaie. En s’adressant directement au président plutôt qu’au premier ministre, il s’agit surtout de respecter les formes exigées par le protocole. Mais aussi, si possible, d’exploiter les failles éventuelles pour tenter de faire un allié de Medvedev.

«Une grande différence»

«Medvedev n’est pas Poutine», commentait à ce propos la semaine dernière à New York l’ancien conseiller du président Boris Eltsine Boris Nemtsov. Le président n’a pas la même mentalité de la Guerre froide. Il n’a pas fait ses classes au KGB, et connaît bien, au contraire, le secteur privé. Tout cela fait une grande différence.»

Obama a beau être la coqueluche politique d’une bonne partie de la planète, il trouve en Vladimir Poutine, et dans les forces qu’il incarne, une forme de résistance inédite. Comme l’écrivait avant le départ du président un de ses conseillers à la Maison-Blanche, Michael McFaul, «Poutine voit le monde comme un jeu à somme nulle» avec un prisme hérité de la longue opposition entre les deux blocs: «Si l’Amérique gagne, la Russie pense qu’elle perd, et si l’Amérique perd, alors la Russie gagne.» En insistant constamment sur les «intérêts mutuels» des pays, et sur la recherche de «ce qui peut nous rassembler plutôt que nous diviser», Obama défend publiquement une vision des relations internationales radicalement différente.

Dans le trio très particulier Obama-Medvedev-Poutine, c’est le premier ministre russe qui donne au­jour­d’hui l’impression d’être sur la défensive. Réagissant aux propos de l’Américain, il remettait les pendules à l’heure, à sa manière: «En Russie, on n’a pas l’habitude d’avoir les jambes écartées (ndlr: entre le passé et le présent). Nous sommes solidement posés sur nos deux pieds. Et nous regardons toujours vers l’avenir.»

Comme pour mieux souligner encore ces différences au sommet, le New York Times a semblé prendre un malin plaisir à dévoiler de vieux travaux d’université de l’actuel président américain. En 1983, jeune étudiant de Columbia University, Barack Obama y expliquait son utopie d’un «monde décent», débarrassé de ses armements nucléaires, qui aurait «brisé la mentalité de la guerre». Pratiquement au même moment, Vladimir Poutine était envoyé dans l’ancienne RDA, où il dirigeait une «maison de l’amitié germano-soviétique» qui lui permettait de développer en toute quiétude ses activités au sein du KGB.