«L'Amérique n'a pas de meilleur allié que l'Europe.» Voix assurée, ton solennel, Barack Obama a séduit. Très attendu, son discours a reçu un accueil triomphal à Berlin. Pendant une demi-heure, le sénateur de l'Illinois a plaidé pour un rapprochement entre l'Europe et les Etats-Unis. «Le temps est venu de bâtir de nouveaux ponts des deux côtés de l'Atlantique», lance-t-il aux 200000 personnes venues l'acclamer.

Prenant à témoin l'histoire mouvementée de la capitale allemande, Obama a habilement conquis le cœur des Allemands. Pont aérien américain «qui a sauvé la ville du blocus soviétique», plan Marshall qui a contribué au «miracle économique allemand»: «L'histoire nous a mis sur le même chemin», affirme le jeune sénateur. «Nous devons continuer à nous faire confiance», poursuit-il sous un tonnerre d'applaudissements.

Cohorte de journalistes

Barack Obama est dans la capitale allemande. Mais les destinataires de son discours sont plus probablement les électeurs américains. La chaîne d'information CNN retransmet «l'événement» en direct. Le «discours de Berlin» lui a donné ses premiers galons internationaux. Dans cette tournée suivie par une cohorte de journalistes américains, c'est avant tout l'image renvoyée par le candidat démocrate qui compte. «Obama veut montrer qu'il a l'étoffe d'un président, et sa visite est donc minutieusement mise en scène», souligne Jan Techau, spécialiste des Etats-Unis auprès de l'institut de relations internationales DGAP. «Les Américains ne lui font pas vraiment confiance pour régler les questions de politique étrangère. Obama cherche donc à leur prouver qu'il a la capacité à endosser les habits d'un chef d'Etat.» Irak, Afghanistan, Zimbabwe: lors de son allocution, Barack Obama fait le tour des grands thèmes pour mieux prouver qu'il est en mesure de peser sur la scène internationale.

Quitte à froisser la susceptibilité de Paris ou de Londres, les prochaines étapes de sa tournée européenne, le candidat a donc choisi de mettre l'accent sur Berlin, où il a prononcé son unique discours public. Là aussi, il choisit d'user d'un symbole fort. La capitale allemande «parle» aux Américains. C'est là que deux présidents des Etats-Unis ont, par le passé, prononcé des discours marquants. Beaucoup se souviennent de Ronald Reagan exhortant Mikhaïl Gorbatchev à faire «tomber le Mur». Et surtout de John Kennedy qui avait lancé en 1963 son célèbre «Ich bin ein Berliner» en solidarité avec les habitants de la ville coupée en deux. «Comme Kennedy, le candidat démocrate veut marquer les esprits», analyse Harald Wenzel, chercheur à l'Institut J.F. Kennedy de l'Université libre de Berlin. «La fascination qu'il exerce sur les gens n'est d'ailleurs pas sans rappeler l'ancien président.» «Berlin est une ville qui n'a jamais renoncé au rêve de liberté», a déclaré Obama.

Plus que toute autre ville en Europe, la capitale allemande incarne les meilleures heures du leadership américain. Barack Obama n'a pas manqué de raviver ce souvenir. Le message envoyé aux électeurs est clair: son accession à la Maison-Blanche mettrait fin à de longues années de désamour des Etats-Unis provoquées par la brutalité de la présidence Bush.

Un rédempteur

Pourtant, beaucoup d'observateurs préfèrent tempérer l'enthousiasme général. «Le rejet de l'administration Bush est tellement fort en Allemagne que beaucoup voient en Obama un rédempteur. Mais ça n'est pas réaliste», relève Jan Techau. Au pied de la colonne de la Victoire, le sénateur affirme ainsi sans détour que la coopération transatlantique implique de nouvelles obligations pour l'Europe, qu'il veut plus impliquée dans les missions de maintien de la paix. «L'Afghanistan a besoin de vos soldats autant que des nôtres», affirme-t-il. Or, jusqu'ici, les Allemands ont toujours été hostiles à l'envoi de troupes supplémentaires à Kaboul. «Barack Obama est habile», conclut Jan Techau. «L'Europe lui est tout acquise. S'il accède à la Maison-Blanche, il sera plus difficile de lui refuser ce qu'il demande.»