Il y a cinq ans, avec le soutien du DFAE, naissait l’«Initiative de Genève», un plan détaillé pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Les deux hommes clés de ce processus, l’ancien ministre de la justice israélien Yossi Beilin et l’ancien ministre palestinien Yasser Abed Rabbo se sont retrouvés mardi à l’Université de Genève, à l’invitation du Forum Suisse de politique internationale, pour discuter des chances d’une reprise d’un processus de paix dans la région. Ils ont également rencontré la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey. En marge de ce débat, Yasser Abed Rabbo répond en exclusivité aux questions du Temps.

Le Temps: Vous avez rencontré Micheline Calmy-Rey à Berne. Qu’attendez-vous de la Suisse?

Yasser Abed Rabbo: Nous espérons, des deux côtés, étendre nos efforts afin que les Accords de Genève deviennent l’une des principales références pour de futures discussions de paix. Ces accords ont été complétés par de nouvelles annexes concernant l’eau, l’environnement ou encore la sécurité. Les détails sont cruciaux pour nous. Nous voulons travailler avec toutes les parties concernées, y compris les autorités suisses, pour faciliter les discussions.

– Qu’attendez-vous concrètement de la diplomatie suisse?

– Ce n’est pas à moi de répondre. Micheline Calmy-Rey sait mieux que moi ce qu’il y a à faire dans les détails, comment contacter les personnes concernées.

– Vous dites qu’aujourd’hui, c’est la plus importante et la dernière chance pour une paix entre Juifs et Palestiniens. Pourquoi?

– La colonisation croît chaque jour. Les Israéliens changent la nature géographique de la Cisjordanie. L’intention de base est d’empêcher la création d’un futur Etat palestinien. Les infrastructures qu’ils construisent divisent le territoire et relient les colonies entre elles. Il sera de plus en plus difficile de séparer Israël de la Cisjordanie. Cela veut dire qu’il sera impossible, d’ici deux ans, d’avoir un Etat viable. On ne peut pas remplacer l’occupation par l’apartheid. Ils annexent notre terre mais nous traitent toujours comme un peuple occupé. Cela pourrait être le défi du futur. Il est bien plus simple d’avoir deux Etats qu’un système d’apartheid dans lequel on se battra pour des droits égaux. Je suis contre. Je ne pourrai pas blâmer mes enfants si dans dix ans ils se battent contre cela.

– Cette chance, toutefois, c’est Barack Obama…

– Obama est notre sauveur. Il est réaliste et pragmatique. Ce n’est pas un rêveur. Il sait exactement ce qu’il faut faire, il connaît les obstacles qu’affrontent le Proche-Orient et les Etats-Unis. Il est notre dernière chance. Il y a des moments dans l’Histoire qu’il faut savoir saisir sans quoi l’Histoire est sans pitié et prendra sa revanche.

– L’avez-vous rencontré?

– Oui, à plusieurs reprises. La dernière fois c’était le mois dernier à la Maison Blanche avec Mahmoud Abbas (ndlr, le président de l’Autorité palestinienne). Il connaît très bien les conditions du Proche-Orient et le contexte international. Il connaît, dans toute leur complexité, les liens entre les différentes crises du monde et leurs implications pour la sécurité et le développement des Etats-Unis. Il ne peut laisser le monde à l’état de jungle. Il y a des conflits épidémiques, comme le nôtre, qui s’étendent partout. Le plus frappant est que cet homme à une vision stratégique très claire sur ce qui doit être fait dans les années à venir. Ce n’est pas un idéologue rêveur, mais ce n’est pas non plus un pragmatique superficiel. C’est un pragmatique avec une vision historique. Il a les qualités de Bill Clinton, mais il a aussi l’unité dans son administration, l’expérience.

– Que pense-t-il de l’Initiative de Genève?

– Il est informé. Plusieurs personnalités clés de son administration connaissent notre initiative. Georges Mitchell (ndlr, l’envoyé spécial américain pour le Proche-Orient) la mentionne très souvent. Nous ne la considérons pas comme nouveau livre sacré. C’est un modèle qui postule que le pragmatisme peut conduire à une solution.