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Sincèrement ému ou larmes de mauviette? Le débat fait rage aux Etats-Unis.
© © Carlos Barria / Reuters

états-unis

Barack Obama inonde les réseaux avec ses larmes sur les armes

Emotion sincère, geste calculé ou réaction de mauviette? Les pleurs du président lors de sa conférence de presse de mardi sur son offensive désespérée pour mieux contrôler le commerce et le port d'armes aux Etats-Unis divisent autant que le personnage lui-même

C’est le perpétuel et sans doute dernier combat de sa deuxième présidence: tour à tour ému et pugnace, Barack Obama a souligné ce mardi «l’urgence absolue» d’agir sur les armes à feu aux Etats-Unis. Il ne quittera pas la Maison-Blanche à la fin de 2016 avant de dénoncer, encore et encore, l’inaction de ses adversaires républicains, majoritaires dans les deux chambres du Congrès américain, qui refusent de légiférer sur ce thème.

Lire aussi: Les larmes de Barack Obama (blog de Stéphane Bussard, notre correspondant à New York)

Et vint alors le momentum: évoquant la fusillade de Sandy Hook en décembre 2012 (26 morts, dont 20 enfants), l’un des pires carnages jamais commis dans un établissement scolaire, soudain Obama s’est figé, a porté sa main droite à son œil gauche, où les larmes ont coulé. Elles ont fait le tour du Web en quelques minutes, avec des commentaires sur YouTube qui oscillent entre «la poupée qui pleure» et «le poisson pétant de santé qui nage dans une mer empoisonnée», à l’aune de ces métaphores que les Américains chérissent tant:

Alors: sincère, pas sincère, cette forme de communication politique? Calculée? Opportun, pas opportun, ce déferlement lacrymal? Les avis sont très partagés. Le Soir de Bruxelles – qui fait remarquer que ce n’est pas la première fois que ça lui arrive, au président – suscite notamment ces deux commentaires d’internautes, via Facebook: Ajax Telamonos n’est «personnellement […] pas fan de ce genre d’épanchement», tandis que Jeff Bauche trouve «splendide» qu’un président soit «proche de ses émotions jusqu’à pleurer pour de justes causes».

Voilà pour les avis posés, modérés, qui résument les réactions habituelles face à certains politiques qui ne peuvent s’empêcher de pleurer en public dans des moments de grande joie ou de recueillement, comme Laurent Fabius lors de la COP21 ou Vladimir Poutine à l’écoute de l’hymne national russe en Mongolie – et même un Otto Stich financièrement incompris par le Conseil des Etats, en 1995.

Réactions des candidats à la Maison-Blanche

La différence, en l’occurrence, c’est que les Etats-Unis vont bientôt entrer dans le vif de la campagne pour la Maison-Blanche. Et que selon la loi qu’Obama entend encore faire entrer en vigueur par décret présidentiel, «tout le monde dans le domaine de la vente des armes à feu doit obtenir une licence et effectuer des vérifications des antécédents ou faire l’objet de poursuites pénales». Ce sur quoi s’écharpent démocrates et républicains.

Les réactions des candidats n’ont donc pas tardé. Sur sa page Facebook (FB), Hillary Clinton a écrit: «Dans un an, un nouveau président va entrer dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, et ils pourront soit continuer à travailler pour mettre fin à la violence due aux armes à feu aux Etats-Unis, soit annuler les progrès faits par le président Obama.» Tandis que sur l’autre bord, Jeb Bush promet, également sur FB, «d’abroger ces décrets».

Un débat très polarisé, donc. L’éditorialiste du New York Times Nicholas Kristof (‏@NickKristof) conteste le fait que les larmes du président montrent une quelconque «faiblesse» de sa part et que tous les citoyens feraient mieux de «pleurer les 32 000 Américains qui meurent dans des fusillades chaque année». A ce propos, un internaute du Tages-Anzeiger se demande dans la foulée pourquoi il n’est pas possible d’accepter que verser une larme soit signe d’humanité, comme le pensent 70% des personnes qui s’expriment dans un sondage en ligne du quotidien zurichois.

Quant au Washington Post, il aime ce ton «clinique» du président. Alors que pendant ce temps, les ricanements vont bon train sous la vidéo publiée sur FB par BuzzFeed, où Obama se fait traiter de «clown», d’homme «faible, pathétique et malhonnête», avec ses larmes de «mauviette» et «de crocodile», leitmotiv reptilien de ses opposants républicains. Qui, sur le Twitter anglophone avec les mots-dièse #Obama et #tears, ironisent aussi sur le fait qu’Obama ne pleure en revanche jamais pour les enfants syriens ou les noyés en Méditerranée:

Reste que de plus en plus régulièrement, les larmes des personnalités publiques inondent les médias. On a l’impression d’une augmentation du flot lacrymal, qui est sans doute due au développement des chaînes d’information en continu, donc à leur plus grande visibilité. Cette révélation de la part de l’intime est entrée dans les mœurs, mais elle est à double tranchant: elle induit soit une plus grande tolérance, soit un soupçon de faiblesse. Surtout – ne nous en cachons point – chez les individus de sexe masculin.

Encore que… La chancelière allemande, Angela Merkel, à l’attention des Américains, justement, vient de faire l’objet d’un long article dans le New Yorker où sa Realpolitik, dans le domaine de la migration, généreuse sans être émotive – sans quoi elle passerait pour «hystérique» – devrait servir de «leçon» aux politiciens du Nouveau Monde.

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