Il n’y avait plus un siège vacant mercredi soir au Wells Fargo Center de Philadelphie pour écouter Barack Obama. Le président américain a électrifié l’immense salle où se déroule depuis lundi la convention démocrate. Contrant le discours «apocalyptique» tenu par Donald Trump lors de la convention républicaine de Cleveland quelques jours plus tôt, il a brossé un portrait beaucoup plus optimiste de l’Amérique: «L’Amérique que je connais est pleine de courage et d’ingéniosité. L’Amérique que je connais est décente et généreuse.» Avant son allocution, un film de huit minutes a été diffusé sur écran géant dressant le bilan des années Obama à la Maison-Blanche.

Devant une audience qui a ovationné Barack Obama avant de plonger dans un silence religieux pour l’écouter, il l’a reconnu: «Nous avons encore du travail pour accomplir une union parfaite» tant qu’il y aura toujours des Américains en quête d’un travail bien payé et d’une retraite décente et tant qu’il y aura toujours des enfants happés par la pauvreté et sans accès à une bonne formation. Mais il a averti: «La démocratie ne fonctionne pas si chacun diabolise l’autre.»

Douze ans après

L’allocution de Barack Obama est intervenue jour pour jour douze ans après son fameux discours de Boston. Lors de la convention de 2004 qui intronisa John Kerry pour la présidentielle, il avait parlé d’une Amérique ni rouge, ni bleue, mais pourpre pour marteler la nécessité pour les Etats-Unis de ne pas sombrer dans une Amérique qui se déchirerait en luttes partisanes stériles. Mais il l’a lui-même admis par le passé: il a échoué et c’est l’un de ses plus grands regrets de ne pas avoir pu rassembler les acteurs politiques de la capitale américaine. Washington est paralysée par les luttes infinies entre républicains et démocrates.

A Philadelphie, Barack Obama était très attendu tant son soutien à la candidate officielle du Parti démocrate à la Maison-Blanche, Hillary Clinton, est jugé nécessaire pour vaincre le républicain Donald Trump le 8 novembre prochain. «Il n’y a personne, ni une femme, ni un homme, ni Bill ni moi-même plus qualifié qu’Hillary Clinton» pour s’installer dans le Bureau ovale, a-t-il déclaré. Au cours d’une troisième soirée où le colistier d’Hillary Clinton Tim Kaine a accepté sa nomination pour la vice-présidence des Etats-Unis, Barack Obama a insisté sur la capacité de son ex-secrétaire d’Etat à comprendre d’emblée les enjeux d’un monde compliqué et moins stable. «J’étais aux premières loges pour évaluer sa capacité de jugement», a ajouté Barack Obama. Le président démocrate a rappelé qu’elle était là, dans la Situation Room, le centre nerveux de la Maison-Blanche en cas de crise, pour assister à l’opération qui mena à la capture et à la mort d’Oussama ben Laden. Il a expliqué qu’Hillary Clinton était profondément respectée hors des Etats-Unis.

Un moment symboliquement fort

Sous un tonnerre d’applaudissements, Barack Obama a été rejoint sur la scène par Hillary Clinton dans un moment symboliquement fort. Une espèce de retour d’ascenseur. En 2012, face à une situation économique qui n’était pas encore réjouissante, l’ex-président Bill Clinton avait tenu un discours magistral lors de la convention de Charlotte qui, de l’avis de nombreux experts, avait sans doute contribué à la réélection de Barack Obama. Narrateur inégalable, Bill Clinton avait expliqué en quoi l’action de Barack Obama avait aidé la classe moyenne à sortir de la grande récession de 2008 et 2009. A Philadelphie, c’est cette fois Barack Obama qui est venu soutenir sans réserve l’ex-First Lady qui doit affronter le 8 novembre prochain le républicain Donald Trump dans une élection jugée unique tant la campagne électorale a, jusqu’ici, défié tous les pronostics.

Au cours de cette troisième soirée, Donald Trump a été au centre de nombreux discours. Le candidat à la vice-présidence Tim Kaine est allé jusqu’à imiter le milliardaire new-yorkais en répétant avec une voix grave: «Believe me (Croyez-moi)». D’autres orateurs ont formulé des critiques au vitriol du candidat républicain à la Maison-Blanche. A commencer par Michael Bloomberg. Tout en rappelant qu’il n’est ni républicain, ni démocrate, mais un indépendant, l’ex-maire de New York a parfaitement joué sa partition visant à convaincre les indépendants, qui forment une partie importante de l’électorat américain, de soutenir Hillary Clinton. «Je suis un New-Yorkais et les New-Yorkais savent reconnaître un charlatan quand ils en voient un», allusion à Donald Trump. Michael Bloomberg a fustigé l’hypocrisie du magnat de l’immobilier qui d’un côté veut expulser 11 millions de clandestins et construire un mur à la frontière américano-mexicaine mais, de l’autre, fait fabriquer des habits de sa collection à l’étranger dans des usines payant des salaires de misère. Il a dénoncé le fait que le candidat républicain à la Maison-Blanche promet de créer de l’emploi pour les Américains mais, dans le même temps, engage des travailleurs temporaires étrangers en exploitant au mieux le système de visas américain. «Trump est un choix risqué, téméraire et radical. Nous ne pouvons pas nous permettre un tel choix», a poursuivi l’ex-maire de New York. Il n’a pas caché ses désaccords avec Hillary Clinton, mais rappelé qu’elle comprenait pleinement les enjeux du monde dans lequel on vit, un monde réel et non imaginé comme celui de Donald Trump.

Attaque contre Trump

Peu avant Michael Bloomberg, l’ex-secrétaire à la Défense et ex-directeur de la CIA Leon Panetta a tiré la sonnette d’alarme après les déclarations de Donald Trump qui ont choqué les responsables de la sécurité nationale américaine. Lors d’une conférence de presse en Floride, le candidat républicain a invité la Russie à pirater les courriels d’Hillary Clinton à l’époque où elle était cheffe de la diplomatie. «Réfléchissez à cela: (une personne) qui veut devenir président des Etats-Unis a demandé à (la Russie) de procéder à du piratage informatique contre les Etats-Unis dans l’optique de gagner une élection. Pour moi, c’est inconcevable qu’un candidat à la présidence agisse de façon aussi irresponsable. […] Ce n’est pas le moment de jouer avec notre avenir.»


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