Un jour, les deux filles de Barack Obama, Malia et Sasha, 9 et 6 ans, auront peut-être envie de se porter candidates à la présidence des Etats-Unis. Et ce jour-là, elles pourront remercier Hillary Clinton. «Peu importe comment ces primaires se termineront, expliquait le démocrate mardi. La sénatrice Clinton a bousculé les mythes, brisé les barrières et changé l'Amérique dans laquelle mes filles et les vôtres vont grandir.» Cette façon de projeter l'héritage de sa rivale est, bien sûr, une manière de l'enterrer. Officiellement, personne n'a déclaré Hillary Clinton politiquement morte. Mais son rôle est désormais dans l'avenir, pas dans le présent.

La boucle est bouclée

Comme prévu (mais un peu mieux qu'attendu), Hillary Clinton a remporté mardi haut la main le scrutin démocrate dans le Kentucky. Comme prévu (mais un peu moins bien qu'annoncé), Barack Obama a gagné le même jour dans l'Oregon. Et comme prévu, se rendant en Iowa, le lieu de sa première victoire, pour signifier que la boucle est bouclée, le sénateur de l'Illinois a laissé entendre, sans le dire, que la course était bel et bien finie. «En trente-cinq ans de service public, la sénatrice Clinton n'a jamais abandonné sa lutte en faveur des Américains. J'admire son courage, son engagement et sa persévérance.» Sous-titre: tout cela a assez duré.

La victoire n'était peut-être pas aussi douce qu'espéré pour Barack Obama, mais les règles de l'arithmétique sont ce qu'elles sont: ces nouveaux scrutins lui ont permis de franchir le cap de la majorité des délégués élus. Pour atteindre la nomination, il reste évidemment encore à réunir une majorité analogue auprès des «superdélégués» du parti, qui votent comme bon leur semble. Mais rien, dans le domaine de l'envisageable, ne permet de faire croire que ces responsables du parti ne se rangeront pas eux aussi derrière Obama. Il y a une semaine, Hillary obtenait une large victoire en Virginie-Occidentale, comparable à celle du Kentucky. Mais dans l'intervalle, sur les 26 superdélégués qui ont déclaré leur préférence, 22 l'ont fait en faveur d'Obama. Et seulement quatre se sont laissés impressionner par les arguments de sa rivale.

Les préparatifs de l'enterrement sont donc déjà largement engagés. Ce n'est plus qu'une question de temps, et de manière.

Dilemme à trancher

Trois Etats (ou territoires) doivent encore se prononcer: Porto Rico, le Montana et le Dakota du Sud. Un différend encore à régler: celui des votes dans le Michigan et en Floride, qu'Hillary Clinton dit avoir remportés même si le parti avait jugé ces scrutins non invalides parce qu'ils avaient été tenus trop tôt. Mais surtout, un dilemme à trancher pour Barack Obama: se montrer trop conciliant envers une adversaire qui refuse d'abdiquer, c'est courir le risque de paraître «trop faible», un reproche qui colle souvent à l'image du jeune sénateur. Mais à l'inverse, sembler manquer de respect envers la ténacité de Hillary, c'est risquer de se mettre à dos ses électeurs et électrices, au moment où il aura précisément besoin de chacun d'eux, et alors que ceux-ci rechignent de plus en plus devant sa candidature. Le vainqueur marche sur des œufs.

Mais ses actes parlent pour lui. D'ores et déjà, son équipe aurait formé un Comité démocrate national qui doit servir à lancer la stratégie de campagne face au républicain John McCain. Déjà, Barack Obama n'a d'yeux que pour la Floride, cet Etat devenu une sorte d'emblème de l'élection nationale à venir, et dont il s'agit pour lui de prouver qu'il pourra le transformer en «Etat bleu», la couleur des démocrates.

Un autre signe encore: même provisoires, les listes commencent à circuler des éventuels «papables» pour le poste d'un vice-président qui, le moment venu, pourrait servir à compenser en partie les prétendues faiblesses du nominé démocrate. Hillary met constamment cet argument en avant: la population blanche et «travailleuse» (lire: peu instruite) ne suivra pas Obama contre McCain, et fera basculer les swing states (les Etats qui votent tantôt démocrate tantôt républicain) dans le camp adverse. Idéalement, le vice-président serait ainsi une femme blanche, expérimentée, et provenant de l'un de ces Etats.

A ces indications s'ajoute encore une rumeur, trop commode pour l'équipe de Barack Obama pour qu'elle n'en soit pas directement à l'origine: le sénateur plancherait sur une lettre visant à convaincre ses sympathisants de mettre à nouveau la main à leur porte-monnaie. Ce n'est pas qu'Obama manque de fonds: il continue de réunir la somme colossale d'un million de dollars par jour. L'idée serait plutôt que l'«Obamaworld» finance la dette accumulée par sa rivale (entre 20 et 30 millions de dollars). Une manière distinguée, en somme, de payer son enterrement.