Si les républicains viennent d’infliger une défaite électorale de taille à Barack Obama un an jour pour jour après son investiture, le danger que celle-ci représente concrètement pour l’avenir des réformes entreprises ne doit pas cacher le désenchantement progressif apparu au cours de l’année 2009.

Celui qu’une majorité de citoyens américains voyaient arriver comme le messie «s’est vite heurté aux manœuvres du Congrès, à la résistance de Wall Street et au scepticisme des militaires. Nul doute qu’il saura en tirer les leçons», écrit Courrier international, qui a traduit une intéressante contribution du Washington Post sur «un président compétent mais moins magique» qu’on ne l’espérait. «En ce qui concerne l’économie, par exemple, écrit ce quotidien, le président a bien analysé ce qu’il fallait faire: une injection keynésienne de dollars fédéraux pour remettre le système en marche. Mais il s’est trompé sur l’endroit de la piqûre. Il n’a pas prévu que les démocrates du Congrès exploiteraient sa hâte à amorcer la pompe en truffant la loi de relances de dépenses pour des projets secondaires, ce qui a permis aux républicains de coller à Obama l’étiquette d’un fanatique de l’interventionnisme d’Etat.»

«Nous avons perdu le sens du contact direct avec les Américains sur leurs valeurs essentielles», a-t-il d’ailleurs lui-même reconnu mercredi sur la chaîne ABC, comme l’explique Libération. Il «se donne lui-même une très bonne note», écrit le quotidien français dans un article de bilan en sept points, «mais les Américains sont plus circonspects».

Le Nobel d’économie Paul Krugman, dans La Repubblica, conseille au président une plus grande résistance face à ses détracteurs: il doit «se préserver de toute critique en expliquant et en rappelant que la responsabilité de ce qui ne fonctionne pas incombe aux gouvernements précédents. […] Quelle qu’en soit la raison, Obama a ainsi toujours toléré que le public oublie très rapidement que les problèmes économiques n’ont pas débuté sous sa présidence.» Ainsi, il doit «présenter les républicains pour ce qu’ils sont, des opposants aux réformes», et «les démocrates doivent désormais tout mettre en œuvre pour mener à terme la réforme de la santé», malgré l’écueil du Massachusetts. «L’adoption de celle-ci ne constituera certes pas leur salut politique, mais son rejet signifierait assurément leur perte.»

Obama va donc vraisemblablement devoir changer de tactique, car plusieurs personnes sérieuses, incluant des membres du gouvernement américain, mettent aussi «en doute la légalité et la constitutionnalité de plusieurs gestes du Trésor américain et de la Fed», comme le pense le site Les Affaires.com. Timothy Geithner, le secrétaire d’Etat chargé du dossier, plombé par l’affaire du sauvetage du groupe d’assurances AIG et déjà sous enquête, semble d’ailleurs être de plus en plus sur un siège éjectable.

Plus concrètement, selon le Wall Street Journal, Obama serait sur le point «de reprendre à son compte les idées de l’un de ses principaux conseillers économiques, l’ancien président de la Réserve fédérale Paul Vol­cker, qui souhaite limiter les activités de courtage des banques de dépôt». Il «va imposer des restrictions sur les risques pris», confirme La Tribune, pour «jouer un rôle moteur dans l’effort de reconstruction», précisent Les Echos. «La Maison-Blanche indique clairement qu’elle entend désormais défendre une ligne plus dure sur ce dossier», selon le New York Times, et Obama «semble vouloir délaisser son image de modéré un an après son entrée en fonction».

Les Américains – c’est clair – veulent davantage de résultats et sans doute aussi des gestes symboliques plus importants. Car si Obama remet de l’argent dans le système alors que la place financière américaine se détériore, le modèle tant vanté, tant espéré, souffre d’essoufflement avec la crise et la créativité est en baisse. C’est un vrai débat aux Etats-Unis que The Economist résume en titrant à la une qu’«il est temps de passer aux choses sérieuses» après cette première année, «bonne mais pas grandiose». Année que Le Figaro qualifie, lui, de «grande désillusion».

«Barack Obama a considérablement amélioré l’image des Etats-Unis», salue de son côté le journal économique tchèque Hospodářské Noviny, qu’a traduit Eurotopics. Mais son aspiration au dialogue et aux solutions pacifiques n’a pas rencontré de succès notable: «L’Afghanistan peut devenir son Vietnam» et «une rhétorique plus sévère à l’égard de la Russie ne serait pas de trop non plus». Le président a dû «s’attaquer à des questions impopulaires», tempère le Standard autrichien, qui constate que «Ronald Reagan est le seul président à avoir disposé d’une cote plus défavorable que celle d’Obama après un an d’exercice».

«Barack Obama a réalisé un changement de style, plus que de substance», prétend Stephen M. Walt dans La Croix. Pour ce professeur de relations internationales à Harvard, «le président n’a pas su, en un an de mandat, définir ses priorités de politique étrangère et son pragmatisme encourage plutôt ses opposants». «A force de composer, [il] brouille son message», titre Le Monde.