Dans les jours qui ont suivi la tentative d’attentat sur un avion de ligne reliant Amsterdam à Detroit par un jeune Nigérian de 23 ans, le 25 décembre dernier, Barack Obama a demandé à son administration de diligenter sans délai une enquête. Le président des Etats-Unis a alors insisté pour que ce rapport sur les manquements des services de sécurité américains et leur piètre coordination (LT 7.01.2010) soit rendu public. Conduit par son principal conseiller en matière de lutte contre le terrorisme, John Brennan, le document devait être dévoilé jeudi soir, à l’heure de mettre sous presse, dans une version préliminaire et expurgé des informations classées secret défense.

Dès la matinée, le général James Jones, le conseiller de la Maison-Blanche à la Sécurité nationale avait prévenu dans une interview à USA Today que ce rapport causerait «un certain choc» dans l’opinion publique américaine. «Nous savons ce qui s’est passé, nous savons ce qui ne s’est pas passé et nous savons comment régler la question. […] Nous n’avons pas besoin de réinventer la roue pour nous prémunir contre de tels événements», a-t-il ajouté. Dans la journée, la Maison-Blanche a réfuté une information du Los Angeles Times selon laquelle les agents de l’immigration avaient appris qu’un individu suspect était en route et qu’il s’apprêtait à l’interroger à son arrivée sur le sol américain.

Enrôlé à Londres

Selon une source de l’administration américaine citée par CNN, Barack Obama avait l’intention d’endosser la responsabilité des ratés du 25 décembre. Plutôt que se lancer dans une chasse aux sorcières, il devait dans la foulée de la publication du rapport présenter de nouvelles procédures pour que les défaillances de ses services de sécurités ne se reproduisent plus.

Mercredi, Umar Farouk Abdulmutallab a été formellement inculpé à Detroit de six chefs d’accusation, notamment de «tentative de meurtre» à l’encontre des passagers de l’avion et de «tentative d’utilisation d’une arme de destruction massive». Sa première comparution devant un tribunal est prévue pour vendredi.

Le Yémen a par ailleurs voulu apporter jeudi de nouvelles pièces au puzzle des pérégrinations du jeune Nigérian avant sa tentative d’attentat. Sanaa a ainsi confirmé que, lors de son séjour au Yémen à l’automne passé, il aurait, comme les Américains l’avaient avancé, effectivement rencontré des cadres d’Al-Qaida, dont peut-être l’imam américano-yéménite Al-Awlaqi, la nouvelle bête noire de Washington. Les services de renseignement des Etats-Unis ont établi que ce dernier avait eu des contacts avec Nidal Malik Hasan, l’auteur de la tuerie de Fort Hood en novembre (LT du 11.11.2009).

De son côté, Sanaa a aussi laissé entendre qu’Umar Farouk Abdulmutallab ne se serait pas procuré les explosifs au Yémen, dont il est parti le 4 décembre, mais dans son pays natal, le Nigeria. Selon le vice-premier ministre du Yémen à la Défense, Rached al-Alimi, le terroriste aurait en outre rallié Al-Qaida non pas au Yémen mais à Londres, où il avait suivi des cours de génie mécanique à l’University College entre 2005 et 2008. La Grande-Bretagne ne l’avait pas identifié comme une menace à l’époque et son université dit n’avoir pas détecté les signes de sa radicalisation. «Il n’est pas anormal que le Yémen tente de relativiser sa place dans le dossier. C’est déjà embarrassant de reconnaître qu’il abrite des camps opérationnels d’Al-Qaida», explique David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique.