Les noms de George Bush ou de John McCain n'ont pas été prononcés une seule fois. Mais tout le reste y était: mercredi soir, Barack Obama s'est adressé en prime time aux Américains en achetant un espace publicitaire d'une demi-heure sur les principaux réseaux câblés du pays. C'était une prouesse technique, digne de l'ouverture des JO de Pékin: les images enregistrées débouchaient sur les trois minutes de clôture d'un meeting du candidat en Floride, où il saluait, en direct, «l'arrivée de tous ceux qui nous rejoignent à travers l'Amérique». Mais malgré son ampleur (la diffusion aurait coûté 4 millions de dollars), l'opération se voulait surtout un exercice d'humilité: Barack Obama s'est contenté par moments d'apporter sa voix pour accompagner les images montrant une Amérique en crise profonde.

Du jamais vu! Même le milliardaire Ross Perot n'avait pas été si ambitieux lorsqu'il avait tenté de bousculer l'élection, en 1992, avec une série de longs spots télévisés. Profitant des quelque 600 millions de dollars qu'il a récoltés depuis le début de la campagne, Barack Obama a pu s'offrir un luxe inédit. Les chiffres dévoilés jeudi montraient que l'exercice a été réussi: plus de 26 millions d'Américains ont regardé ce spot, un chiffre nettement supérieur à l'audimat habituel de ces chaînes.

La publicité visait à donner de Barack Obama l'image définitive d'un président: le long clip s'ouvrait même sur ce qui pouvait apparaître comme une reproduction du Bureau ovale. Pourtant, le candidat de l'Illinois a choisi de parler avant tout des millions d'Américains qui, aujourd'hui, sont dans une situation économique quasi désespérée. Le ton était pédagogique, mais aussi mélancolique, presque triste. Dans le Missouri, l'Ohio, le Nouveau-Mexique et le Kentucky, les spectateurs pouvaient suivre le parcours de quatre familles en détresse. Une femme de la classe moyenne du Missouri, dont le mari est grièvement malade, expliquait par exemple comment elle devait choisir entre l'opération chirurgicale ou la nourriture. Elle montrait son frigo, où elle séparait sur les rayons les goûters de la semaine pour chacun des enfants: «Comme ça, ils voient tout ce qu'ils ont. Cela dure plus longtemps.»

Destiné à expliciter point par point les propositions du démocrate en matière économique, le clip avait aussi l'ambition de rassurer les électeurs indécis à moins d'une semaine du scrutin. Il mêlait le constat de crise avec les invites à «l'espoir», le thème principal de la campagne d'Obama. «Je ne serai pas un président parfait, mais je peux vous promettre ceci: je serai toujours honnête en vous disant ce que je pense et où je me situe», disait encore le sénateur dans une référence claire aux manières de George Bush.

Avant de l'avoir vu, John McCain s'est moqué de ce clip qu'il prévoyait «vaporeux et optimiste». Raté! Mais il a aussi tenté de remettre sur le tapis la question du financement de la campagne: «Cette publicité a été faite avec des promesses non tenues», soulignait-il. Touché! Barack Obama avait en effet promis dans un premier temps de se contenter des 85 millions de dollars du financement public. Une somme qui ne lui aurait pas permis une telle apparition en prime time.

Pour les républicains, les nouvelles ne sont pas bonnes. Dans les Etats où l'on peut voter de manière anticipée, les électeurs participent en masse, prêts à faire parfois des heures de queue. Or tous les signes semblent indiquer qu'un haut taux de participation à l'élection favoriserait le candidat démocrate. Malgré un certain resserrement, les sondages continuent en outre de donner une avance d'environ 6 points à Barack Obama. Plus grave pour John McCain: la victoire dans certains Etats clés (Ohio, Pennsylvanie, Virginie...), qui seule pourrait lui permettre de renverser le verdict du vote populaire, semble pour lui de plus en plus difficile à atteindre.

Après avoir essayé ces derniers jours de présenter le sénateur de l'Illinois comme un candidat «socialiste», John McCain semble décidé à insister sur la menace d'une hausse des impôts, l'une des cartes maîtresses des républicains. Mais plus encore que son chef, c'est la colistière Sarah Palin qui, retrouvant ses accents guerriers, donne le ton: «Obama veut prendre votre argent et le répartir», disait-elle devant une foule républicaine dans le Missouri. Le Missouri, ce même Etat où l'une des protagonistes du clip de Barack Obama ne parvient plus à remplir son frigo.