Comme George W. Bush en 2006, Bill Clinton en 1994 et Ronald Reagan en 1986, Barack Obama pourrait perdre sa majorité dans la chambre haute du Congrès, le Sénat, dont 36 des 100 sièges seront renouvelés mardi pour six ans.

Les prévisionnistes des sites FiveThirtyEight.com, du New York Times et du Huffington Post donnaient lundi aux républicains plus de 70% de chance de remporter la majorité sénatoriale, sur la base de sondages favorables parus ce week-end et lundi dans la poignée d’Etats qui feront pencher la balance.

Mais ils soulignent que la soirée électorale de mardi pourrait se terminer tard, sans compter la possibilité d’un second tour en décembre et en janvier dans deux Etats qui le prévoient (Louisiane, Géorgie) si aucun candidat n’atteint la majorité absolue mardi.

Les républicains ont accueilli avec satisfaction les enquêtes donnant la candidate républicaine au Sénat dans l’Iowa, Joni Ernst, en tête de 7 points (selon le Des Moines Register), et le sortant républicain dans le Kentucky, Mitch McConnell, de 8 points (sondage PPP).

«Je suis très enthousiaste, ça montre l’élan que nous avons dans l’Iowa», a commenté, tout sourire, Joni Ernst lundi sur Fox News. L’Iowa avait voté pour Barack Obama aux présidentielles de 2008 et 2012.

D’autres sondages parus lundi donnaient un léger avantage aux républicains, dans la marge d’erreur, dans d’autres Etats cruciaux (New Hampshire, Colorado, Géorgie, Alaska), et une égalité parfaite dans l’Iowa (Quinnipiac).

Les chiffres du vote anticipé, possible depuis plusieurs semaines par courrier ou en personne dans de nombreux Etats, alimentaient aussi l’optimisme républicain. Plus de 17 millions d’Américains ont déjà voté, selon le Projet Elections du professeur Michael McDonald.

A la Chambre des représentants, qui sera entièrement renouvelée pour deux ans, les républicains s’attendaient même à renforcer leur confortable majorité actuelle de 233 sièges sur 435.

Fragile majorité au Sénat

Les républicains ont fait de ces élections un référendum contre Barack Obama, qu’ils blâment pour une série de faux pas et controverses: scandale politique au fisc, impréparation face à l’épidémie d’Ebola, crise en Syrie… Onze mois après la pleine entrée en vigueur de la réforme du système de santé, «Obamacare», les républicains continuent aussi à en dénoncer le coût.

Les élections de mi-mandat sont rarement favorables au parti au pouvoir à la Maison Blanche. Les démocrates savent aussi que la participation de leur base (minorités ethniques et jeunes) est traditionnellement plus faible que celle des conservateurs, plus âgés. En 2010, date des dernières législatives non couplées à une présidentielle, 21% des 18-24 ans avaient participé aux scrutins, contre 62% des 62-74 ans.

Dans une ultime tentative de mobilisation, le président américain a fait trois déplacements ce week-end, dans le Michigan, le Connecticut et en Pennsylvanie.

Son vice-président, Joe Biden, a affirmé lundi que les démocrates allaient sauver leur majorité, sur la chaîne CNN. Mais il a implicitement admis qu’une défaite était possible, en estimant que «d’ici 2016, les républicains auront à décider, qu’ils soient dans la majorité ou non, s’ils seront une force d’obstruction ou s’ils seront constructifs».

Les républicains, eux, évoquaient déjà l’alternance politique à partir de mercredi.

«Ce sera une répudiation de la politique du président», a dit le sénateur républicain Rand Paul, qui prépare officieusement sa candidature à la Maison Blanche en 2016, sur la chaîne NBC dimanche. «Si nous gagnons, vous verrez que plus de lois seront votées», a-t-il ensuite prédit.

Depuis les élections de novembre 2010, le Congrès est divisé entre une Chambre dominée par les républicains et un Sénat par les démocrates, un environnement ultra-partisan qui n’a accouché d’aucune grande réforme, en particulier sur l’immigration, et nourrit la frustration des Américains envers l’ensemble de la classe politique.

Mais quel que soit le parti vainqueur au Sénat, aucun ne devrait atteindre 60 sièges, la majorité requise pour surmonter une tentative d’obstruction de la minorité.