Barack Obama pourra-t-il encore agir?

Etats-Unis Le président pourrait être privé de majorité au Sénat après les «midterm»

Mettre en œuvre son agenda deviendra plus compliqué, mais pas impossible

La présidence Obama va-t-elle se terminer au lendemain du 4 novembre 2014? A en croire les derniers sondages, la messe semble dite. Les républicains devraient renforcer leur domination au sein de la Chambre des représentants et prendre le contrôle du Sénat. Un scénario qui ne réjouit pas la Maison-Blanche. Au cours des six premières années de son mandat présidentiel, Barack Obama a buté sur des républicains très obstructionnistes au Congrès. Sans majorité démocrate dans les deux chambres, il risque d’être paralysé. Est-ce à dire que les deux ans qui lui restent à la Maison-Blanche ne serviront à rien? Le président démocrate n’a peut-être pas le pouvoir institutionnel d’un président français, mais il bénéficie encore d’une marge de manœuvre.

A la Maison-Blanche, l’équipe présidentielle planche déjà sur les domaines où Barack Obama et les républicains auraient des raisons de coopérer. Mais comme la campagne présidentielle pour 2016 commencera tôt l’an prochain, les compromis seront difficiles. L’immigration est sans conteste le dossier le plus explosif. Face au refus du Congrès d’aller de l’avant avec une réforme globale d’un système jugé «cassé», le président américain avait promis d’agir par décrets rapidement avant de renvoyer toute décision sur l’immigration à une date après les élections du 4 novembre.

Pour Barack Obama, toutefois, la stratégie à adopter n’est pas simple. Un décret lui permettra d’améliorer certains aspects du système d’immigration et d’offrir aux quelque 11 millions de clandestins vivant aux Etats-Unis une manière de sortir de l’ombre. Mais il ne remplacera pas une loi globale du Congrès. Jeudi dernier, trois sénateurs républicains, John McCain, Lindsey Graham et Marco Rubio, qui s’étaient pourtant montrés favorables à la réforme en joignant un groupe de huit sénateurs des deux partis pour échafauder un compromis, ont mis le président en garde dans une lettre qu’ils lui ont adressée: «Agir par décret présidentiel sur une question d’une telle magnitude serait l’action qui diviserait le plus [le pays] et saperait complètement tout effort de bonne foi visant à régler de façon substantielle un tel problème.»

Des progrès en matière d’immigration dépendront surtout de l’attitude que vont vouloir adopter les républicains. Pour l’heure, elle est difficile à saisir. Or, dans la perspective de la présidentielle de 2016, ce serait un pari très risqué, voire un «suicide» selon quelques voix républicaines, de faire obstruction à tout effort visant à améliorer le système. L’électorat hispanique a fortement pesé dans la réélection de Barack Obama en 2012. Il pèsera aussi et peut-être même davantage en 2016, sachant que la première minorité du pays (16%) voit son influence croître d’année en année.

La Maison-Blanche peut espérer obtenir le soutien des élus républicains du Capitole dans le dossier des traités de libre-échange transpacifique et transatlantique. Actuellement en négociations, ils sont susceptibles de doper l’économie américaine et a fortiori l’emploi. Pour l’électorat républicain, la conclusion de tels accords ne constitue pas un enjeu de politique interne majeur. Sous la pression de l’aile gauche de son parti, Barack Obama devra toutefois montrer sa volonté de mener les négociations à bien.

Jason Grumet, président du Bipartisan Policy Center à Washington, un groupe de réflexion démocrate et républicain, le souligne sur le site Politico. «Historiquement, l’Amérique réalise quelques-unes des meilleures choses en présence d’un gouvernement divisé.» Dans les années 1990, le président Bill Clinton était parvenu à conclure avec un Congrès dominé par les républicains une réforme du (maigre) Etat social et un accord sur le budget. Jason Grumet croit aussi possible de forts investissements dans les infrastructures obsolètes des Etats-Unis qui impliqueraient non seulement l’Etat, mais aussi et surtout le secteur privé.

Barack Obama aura toutefois des obstacles particulièrement difficiles à surmonter, même si certains démocrates estiment que la donne ne change pas fondamentalement. Cyniquement, le Congrès sera à leurs yeux paralysé à 100% au lieu de 96%. D’anciens collaborateurs de la Maison-Blanche conseillent néanmoins au président d’élargir le cercle trop restreint de ses conseillers et de chercher des collaborations avec le nouveau Congrès dès le début de 2015.

La politique étrangère pourrait paradoxalement susciter un rassemblement plutôt inattendu si l’organisation Etat islamique devait devenir une menace directe pour l’Amérique. Dans un tel cas, les deux partis ont tendance à se rassembler autour du drapeau. La conclusion d’un accord sur le programme nucléaire iranien, soupçonné d’être de nature militaire, constituerait pour Barack Obama un succès majeur de sa présidence. Mais là, le président pourra difficilement compter sur l’appui d’un Congrès très hostile à Téhéran. La Maison-Blanche a donc déjà imaginé des manières de contourner le Capitole. Au sujet de Cuba, le président est très attendu. S’il a besoin du Congrès pour lever l’embargo en place depuis plus de cinquante ans, il peut, par son pouvoir exécutif, largement contribuer à un début de normalisation des relations entre La Havane et Washington. Enfin, la fermeture de la prison de Guantanamo, une promesse de la campagne électorale de 2008, restera très hypothétique. Même en utilisant pleinement son pouvoir exécutif, Barack Obama fera toujours face au refus catégorique des républicains et peut-être de quelques démocrates. Un refus que la menace croissante de l’Etat islamique pourrait solidifier.

Cyniquement, le Congrès sera aux yeux des démocrates paralysé à 100% au lieu de 96%