Barack Obama et John McCain sont peut-être plus éloignés l'un de l'autre que jamais, mais les sondages, eux, sont de plus en plus unanimes. Une salve de consultations menées ces jours auprès des électeurs américains montre que le candidat démocrate prend nettement le large face à son adversaire républicain. Pour la première fois depuis le début de la campagne, cette avance d'Obama dépasse largement la marge d'erreur. Les jeux sont-ils faits? Pas encore...

Chiffres révélateurs

La tendance, au moins, est claire: selon les sondages, l'avance du jeune candidat de l'Illinois se situe entre 5 et 9 points. Les chiffres de la chaîne CBS, par exemple, donnent aujourd'hui 48% d'avis favorables à Barack Obama contre 39% à John McCain. Jamais encore, depuis que CBS a commencé à sonder les électeurs, le démocrate n'avait enregistré un résultat aussi élevé. Dans le même temps, John McCain ne voit pas seulement décroître le nombre d'avis favorables. Les personnes qui disent avoir une mauvaise opinion de lui n'ont jamais été aussi nombreuses depuis... 1999, date à laquelle il s'était déjà lancé dans la course présidentielle.

Dans une campagne qui a déjà connu des rebondissements par douzaines, ces chiffres sont à manier avec prudence, expliquent les instituts de sondage. Cependant, ils pourraient s'avérer très révélateurs. Traditionnellement, c'est à ce stade de la course, début octobre, que se déterminent les électeurs. Aujourd'hui, alors que la campagne est déjà largement entamée et que les Américains se sont familiarisés avec les deux candidats, ces résultats offrent plus de poids que ceux des consultations antérieures. D'ores et déjà, un débat a opposé les deux prétendants. Et la crise financière qui fait rage, ainsi que les atermoiements du Congrès américain pour tenter de la résoudre ont amené les futurs votants à s'intéresser de plus près aux recettes prônées par les deux candidats.

Les choses se compliquent encore pour le sénateur John McCain. Car si l'on entre dans le détail, le démocrate semble prendre clairement l'avantage dans les swing states, ces Etats qui peuvent alterner d'un scrutin à l'autre entre le bleu démocrate et le rouge républicain. En Pennsylvanie (54% contre 39%), en Ohio (50% contre 42%) ou en Floride (51% contre 43%), un sondage de la Quinnipiac University donne aujourd'hui Barack Obama gagnant, grâce notamment à sa prestation lors du débat télévisé. Or, depuis 1960, aucun candidat n'a réussi à se faire élire sans remporter au moins deux de ces trois Etats. En 2004, George Bush avait gagné en Floride et en Ohio. Il y a encore deux semaines, l'équipe de John McCain était persuadée qu'il les remporterait tous les trois.

Retournement chez les plus de 50 ans

A ces chiffres s'ajoute en outre une avancée spectaculaire pour Obama dans d'autres Etats disputés, comme le Minnesota, le Missouri, le Nevada ou la Virginie.

Des rebondissements restent bien sûr probables, au premier rang desquels le débat qui devait opposer jeudi soir (heure américaine) les deux candidats à la vice-présidence Joe Biden et Sarah Palin, ainsi que les deux face-à-face qui verront encore s'affronter les deux prétendants à la présidence. Mais dans l'immédiat, l'électorat féminin semble être revenu du côté de Barack Obama. Le démocrate dispose aujourd'hui d'une avance de 17% auprès de cet électorat, qui s'était rangé en masse derrière McCain après qu'il eut choisi Sarah Palin comme colistière.

L'autre grand tournant concerne les Américains de plus de 50 ans. Après la Convention républicaine, les plus âgés donnaient un avantage à McCain (5 points). Aujourd'hui, la tendance s'est nettement inversée avec 12 points d'avance en faveur d'Obama. Ce mouvement ne doit rien au hasard: cet électorat est celui qui s'inquiète le plus face à la crise économique qui secoue le pays et qui pourrait signifier une lourde menace sur le montant des retraites.

Ces chiffres ont été jugés assez inquiétants pour que la chaîne de télévision conservatrice Fox News pose la question à John McCain jeudi matin: «Nous avons encore beaucoup de travail à faire», répondait le républicain. En ajoutant: «La vie n'est pas toujours juste.»