Les courriels envoyés par le quartier général de la campagne de Barack Obama donnent le ton. «Est-ce la fin?» ou «C’est (un moment) critique». Le camp démocrate n’aborde manifestement pas l’élection présidentielle du 6 novembre en pleine confiance. La semaine dernière, réunis à Tampa, les républicains ont martelé qu’ils étaient les seuls à même de relancer l’économie. A Charlotte, en Caroline du Nord, le président Barack Obama, qui parlera jeudi soir dans le Bank of America Stadium, un stade surnommé aussi the Vault, la «salle des coffres», d’une capacité de 73 000 places, aura un défi majeur lors de la convention démocrate qui débute ce mardi pour trois jours: tenter de convaincre les Américains que, malgré une économie qui tourne au ralenti et qui n’arrive pas à faire chuter le nombre des chômeurs en dessous des 8%, il reste la meilleure option pour présider à la destinée de l’Amérique.

La tâche ne sera pas simple quand on sait l’importance que revêtent les questions économiques dans une élection américaine. Pour l’aider dans son entreprise, il pourra compter sur Bill Clinton, un ex-président démocrate dont le bilan économique fut exceptionnel et qui souligne déjà, dans une publicité télévisée, que le choix d’une économie performante, c’est Barack Obama et qu’élire le républicain Mitt Romney équivaut à revenir aux pratiques de l’ère de Bush fils qui ont mené à la crise financière.

Pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche, qui a hérité d’une situation exceptionnellement difficile, il importera de montrer que les propositions du candidat républicain Mitt Romney restent floues et irréalistes. Car cette année, le plus grand rival de Barack Obama n’est pas Hillary Clinton qui, en 2008, s’était battue jusqu’à la fin des primaires démocrates pour lui contester l’investiture, mais l’ex-gouverneur du Massachusetts qui fait de son expérience à la tête de Bain Capital, une société de capital-investissement, le garant d’une maîtrise de l’économie.

Pour conquérir un second mandat, il faudra le bon fil narratif que le président avoue ne pas avoir eu au cours des premières années à la Maison-Blanche. Aujourd’hui, près de 23 millions d’Américains sont sans travail ou sous-employés. Vanter les mérites économiques de l’administration Obama pourrait heurter les classes laborieuses encore frappées par le chômage, notamment les Blancs peu éduqués qui, à l’image des Reagan’s Democrats, auraient tendance à voter républicain. Or, l’administration démocrate a certes tergiversé quant aux réponses à donner à la crise. Mais en fin de compte, avec un plan de relance de plus de 800 milliards de dollars et une régulation plus stricte de Wall Street par le biais de la loi Dodd-Frank, elle a, avancent les plus optimistes, permis d’éviter une nouvelle Grande Dépression.

C’est toute la difficulté de la convention démocrate: ne pas donner l’impression qu’on rejette toute responsabilité pour une situation économique dont on aurait hérité des années Bush, mais montrer que certaines mesures ont permis d’éviter le pire. La thématique des inégalités sociales et de l’érosion de la classe moyenne devrait, à cet égard, servir de levier aux démocrates.

Barack Obama n’est pas confronté au seul casse-tête économique. Il doit formuler un message de campagne qui donne envie de croire en lui, mais qui se distancie de la rhétorique du changement de sa campagne de 2008. De «Nous croyons dans le changement» et «Yes We Can», le quartier général de la campagne est passé à un slogan plus sobre «Forward» (en avant). Si le président démocrate a réussi à mener à bien des réformes majeures comme celle régulant Wall Street et celle de la Santé, s’il a réussi à refaire de l’industrie automobile l’un des fleurons de l’économie américaine, il a échoué à changer la politique de Washington ainsi qu’il le promettait.

Le média politique Politico ne mâche pas ses mots à propos du démocrate: «C’est un homme aux instincts conventionnels, pratiquant une politique conventionnelle et ayant exercé une présidence avant tout conventionnelle.» Ceux qui, en 2008, ont voulu voir en lui un Martin Luther King, ont mal lu sa biographie. Barack Obama n’est ainsi pas parvenu, malgré sa promesse, à créer de nouvelles coalitions pour gouverner. «Croire qu’Obama n’était pas conventionnel, ajoute Politico, n’était basé que sur un facteur: la race.»

Aujourd’hui, beaucoup associent sa présidence à celle des blocages institutionnels entre le Congrès et la Maison-Blanche. Mais en ayant une attitude plus inclusive, Barack Obama aurait-il obtenu un meilleur résultat? Avec un obstructionnisme de tous les instants, les républicains du Congrès n’ont pas prouvé qu’ils étaient prêts à coopérer.

Les démocrates devront montrer que certaines mesures du président ont permis d’éviter le pire